Air France : premières réductions d'effectifs de l'ère Smith

Des avions d'Air France stationnés sur le tarmac de l'aéroport parisien Roissy-Charles de Gaulle le 7 août 2018  [JOEL SAGET / AFP/Archives] Des avions d'Air France stationnés sur le tarmac de l'aéroport parisien Roissy-Charles de Gaulle le 7 août 2018. [JOEL SAGET / AFP/Archives]

Premier accroc et peut-être la fin de l'état de grâce pour Ben Smith : huit mois après son arrivée aux commandes d'Air France en pacificateur, la compagnie aérienne a annoncé lundi un plan pouvant aller jusqu'à 465 départs volontaires.

Les réductions d'effectifs ciblent le réseau court-courrier du groupe, en pleine dégringolade, avec une perte de 189 millions d'euros en 2018 sur le réseau national selon un communiqué de la compagnie, «en forte détérioration par rapport à 2017 (96 millions d'euros)».

Sous pression, notamment de la concurrence du TGV, Air France planifie une baisse d'activité de 15% à l'horizon de l'été 2021 sur ce réseau.

Concrètement, cela se traduira par la fermeture de plusieurs lignes, comme Quimper-Orly dès cet été, par un allègement du nombre de vols sur d'autres routes ou par le déploiement d'avions plus petits sur certaines destinations, selon une source proche de la direction qui assure que les trois quarts des pertes du réseau sont concentrées sur 20% des routes.

Concurrence du TGV

«Le TGV capte mécaniquement 60% du trafic quand il relie Paris à une ville de province en 3 heures et même 90% quand la liaison est de 2 heures», assure la même source.

Le directeur général d'Air France-KLM Benjamin Smith le 20 février 2019 à Paris lors de la présentation des résultats du groupe  [ERIC PIERMONT / AFP/Archives]
Le directeur général d'Air France-KLM Benjamin Smith le 20 février 2019 à Paris lors de la présentation des résultats du groupe [ERIC PIERMONT / AFP/Archives]

Dans la mire de la direction, le personnel au sol d'Air France réparti sur ses bases nationales dans l'Hexagone.

Le projet de plan de départs vise notamment 202 suppressions de postes au sein des personnels piste (assistance au sol et chargement des avions) et 169 chez ceux en charge de l'accueil des passagers et de l'enregistrement en aéroport, distribuées sur tout le territoire national, selon un document transmis aux partenaires sociaux que l'AFP s'est procuré.

Orly et Marseille sont les escales les plus touchées par ce projet, avec une cible de 63 emplois supprimés pour chacune, suivies de près par Ajaccio (54 postes) et Bastia (50) qui devraient être amputées d'environ un tiers de leurs effectifs.

Des coupes qui ne sont pas vraiment la conséquence du TGV dans le cas de la Corse mais dues à des situations de sureffectifs qui durent depuis plusieurs années, souffle-t-on au siège de la compagnie.

Selon le document transmis aux syndicats en amont du comité social et économique central (CSEC, ex-comité central d'entreprise) de lundi réuni pour les informer du projet, la compagnie aérienne vise une ouverture du plan de départs volontaires à partir du 31 octobre et jusqu'au 1er avril 2020.

«Il fera prochainement l'objet d'une consultation. Il n'y aura aucun départ contraint», assure Air France dans un communiqué.

Aides au reclassement ou à la création d'entreprise, départs volontaires en retraite ou pré-retraite: la compagnie prévoit déjà plusieurs modalités de départs pour atteindre son objectif de 465 postes supprimés.

Paix sociale fragile

Des annonces sur une réorganisation des réseaux court et moyen-courrier étaient attendues depuis plus d'un an, avant d'être mises entre parenthèses en raison du mouvement de grève, puis du départ de l'ancien PDG d'Air France-KLM Jean-Marc Janaillac, rappellent plusieurs sources syndicales.

Reste que cette première réduction d'effectifs de l'ère Smith a du mal à passer chez Jérôme Beaurain de Sud-Aérien, contacté par l'AFP : «On nous parlait d'un PDG venu pour amener de la croissance, il fait comme les énarques d'avant. Ce n'est pas très innovant», égratigne-t-il.

La paix sociale si fragile à Air France est revenue depuis la signature en octobre d'un accord inter-catégoriel comprenant une hausse générale des salaires rétroactive de 2% à compter du 1er janvier 2018, puis une autre revalorisation de 2% à partir du 1er janvier 2019.

Surfant sur son état de grâce, le patron canadien a depuis passé plusieurs accords avec les hôtesses et stewards, le personnel au sol, et les pilotes en début d'année. Avant un printemps plus agité ?

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