Jihadistes français : l'éternel casse-tête

Des hommes, capturés et soupçonnés d'être des combattants de Daesh, à Baghouz, le 22 février 2019.[Bulent KILIC / AFP]

La justice irakienne a condamné à mort, dimanche, deux nouveaux Français, pour leur appartenance au groupe jihadiste Daesh.

Ils sont les huitième et neuvième à écoper de cette peine à Bagdad, depuis le 26 mai. Un chiffre qui pourrait encore grimper, puisque deux autres ressortissants seront jugés à leur tour lundi. Dans l’Hexagone, cette situation met le gouvernement dans l’embarras.

Le casse-tête du gouvernement

Les autorités françaises, qui souhaitent (comme la population, selon les sondages) éviter un retour sur le territoire national de détenus potentiellement dangereux, sont en effet face à un véritable dilemme. Car si elles ne cessent d’affirmer leur opposition à la peine de mort, elles refusent en même temps l’idée de s’immiscer dans le fonctionnement de la justice irakienne. Deux principes contradictoires, amplifiés par le fait que le gouvernement a toujours affirmé que les jihadistes français partis rejoindre les rangs de Daesh doivent être jugés sur place et y purger leur peine.

La semaine dernière, Emmanuel Macron a lui-même réaffirmé ce principe. Le chef de l’Etat a néanmoins expliqué que la France refusait de voir ses ressortissants être exécutés. «Nous demanderons à ce que (leur peine de mort) soit commuée en prison à perpétuité», avait-il prévenu. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a ainsi assuré que Paris multipliait les démarches pour que les condamnés échappent à la pendaison, au titre de la protection consulaire.

les soutiens des condamnés s'insurgent

Un discours qui ne satisfait cependant pas les familles de jihadistes. Appuyées par plusieurs associations de défense des droits humains, elles dénoncent des procès qui ne garantiraient aucune équité pour les accusés. La Ligue des droits de l’homme, par le biais de son président d’honneur Patrick Baudoin, a ainsi demandé hier sur Europe 1 à ce que la France intervienne pour rapatrier les terroristes et les juger. Une solution que n’envisage pas le gouvernement, pour qui les droits des justiciables sont respectés.

Nabil Boudi, avocat de trois condamnés, a donc indiqué qu’il se rendrait directement à Bagdad, pour interjeter appel. Une procédure qui permettra de stopper le processus d’exécution. Dans le même temps, une réunion se tiendra lundi en Suède, entre des experts de plusieurs pays, dont la France, pour réfléchir à la création d’un tribunal international dédié au jihadisme.

Quid des femmes et enfants ?

Ce débat s’inscrit dans un contexte déjà particulièrement agité pour le gouvernement, concernant la gestion des familles de jihadistes. Depuis la chute de Daesh, en mars dernier, de nombreuses femmes de terroristes et leurs enfants, de nationalité française, ont été regroupés dans des camps en Syrie. Face aux appels répétés de proches et d’associations, qui demandent leur rapatriement, les autorités se sont toujours montrées inflexibles : les adultes doivent rester sur place, et les demandes concernant les mineurs sont étudiées au cas par cas.

Ainsi, depuis mars, seuls cinq orphelins et une fillette dont la mère a été condamnée à perpétuité, ont pu revenir en France. Une façon de faire dénoncée la semaine dernière par la Commission nationale consultative des droits de l’homme, qui a estimé que le gouvernement ne protégeait pas les enfants, «en danger de mort» dans les camps.

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