Succession de Theresa May : chez les Conservateurs, le favori ne gagne jamais

Boris Johnson, lors de l'annonce de son retrait de la course à la tête des Tories, le 30 juin 2016, après la trahison de son lieutenant, Michael Gove. Boris Johnson, lors de l'annonce de son retrait de la course à la tête des Tories, le 30 juin 2016, après la trahison de son lieutenant, Michael Gove. [LEON NEAL / AFP]

Après la démission de la Première ministre britannique Theresa May le 7 juin, dix candidats conservateurs s'affrontent pour prendre sa succession. L'ex-ministre des Affaires étrangères pro-Brexit Boris Johnson apparaît comme le mieux placé. Mais l'histoire de ces élections chez les Tories a de quoi l'effrayer. Le favori n'a en effet jamais gagné...

C'est en 1965 que la première «primaire» du Parti conservateur est organisée. Avant cette date, le chef de la formation n'était pas élu mais «émergeait» après une discussion entre les grands pontes des Tories. Premier scrutin et première surprise, Reginald Maudling est favori mais c'est Edward Heath qui l'emporte finalement.

Après la défaite des Conservateurs face aux Travaillistes lors des élections générales de 1974, Edward Heath convoque un nouveau scrutin à la tête des Tories en 1975, afin d'asseoir son autorité. Il ne prend pas beaucoup de risques, car il est censé l'emporter facilement.

Mais c'est sans compter sur Margaret Thatcher, poussée à se présenter à la place de son mentor, Keith Joseph, qui avait dû se retirer de la course après avoir fait polémique en déclarant que les «femmes à faible intelligence» donnaient naissance à une grande quantité d'enfants. Donnée troisième dans les sondages, celle qui sera surnommée par la suite «la Dame de fer» lors de ses années à Downing Street s'impose à la surprise générale, devenant la première femme à diriger le Parti conservateur.

Le coup de poker de Margaret Thatcher

Margaret Thatcher restera quinze ans à la tête du Parti conservateur (dont onze à Downing Street). Jusqu'en 1990, année lors de laquelle celle qui est de plus en plus critiquée au sein de son propre camp est défiée par Michael Heseltine. Elle remporte le premier tour de l'élection, mais ne recueille pas assez de voix pour éviter un second tour.

Elle décide alors de démissionner, afin d'empêcher son rival d'entrer à Downing Street. John Major, soutenu par «la Dame de fer», entre en piste. Il apparaît comme un outsider face à Michael Heseltine, mais le bat finalement. «Cela a été vu comme une erreur quand Heseltine, un éditeur à succès, a été photographié dans son manoir de campagne», explique The Guardian, alors que l'équipe de John Major a au contraire beaucoup joué sur les origines modestes de son champion. 

John Major est forcé de quitter la tête du Parti conservateur en 1997, après la claque reçue par sa formation lors des éléctions générales de 1997 (31 % des voix contre 43 % pour les Travaillistes). Le poids lourd des Tories Kenneth Clarke gagne les deux premiers tours de scrutin, mais s'incline finalement lors du dernier tour face au relatif inconnu William Hague, âgé de 36 ans.

Rebelote en 2001, après le nouveau revers des Conservateurs aux élections générales. William Hague quitte la tête du parti. Michael Portillo arrive en tête lors des deux premiers tours du scrutin, avant d'être écarté lors du troisième. C'est finalement le moins connu des finalistes, Iain Duncan Smith, qui devient le chef de la formation, après avoir recueilli le plus de voix lors du vote des membres des Tories (un nouveau mécanisme mis en place par William Hague) face à Ken Clarke.

Boris Johnson a déjà vécu cette mésaventure en 2016

En 2005, David Davis est donné gagnant. Mais, lors de la campagne, il fait pâle figure face à David Cameron, un outsider jeune (39 ans) et modernisateur, député depuis seulement quatre ans. Le futur Premier ministre fait des discours sans notes et impressionne par son enthousiasme, quand le lancement de campagne de David Davis déçoit par son manque de dynamisme et sa mise en scène. Les courbes s'inversent, et David Cameron devient le favori, ce qu'il confirme lors de l'élection.

Le dernier scrutin en date, en 2016, suite à la démission de David Cameron après le résultat du référendum sur le Brexit («oui» à 52 %), est également l'histoire de la chute du gagnant annoncé. A l'époque, le favori s'appelle déjà... Boris Johnson. L'ex-maire de Londres, figure de proue des pro-Brexit lors de la campagne du référendum, surfe sur la vague d'un résultat plus qu'inattendu.

Jusqu'à ce que son fidèle lieutenant, Michael Gove (également candidat cette année), ne le poignarde dans le dos et décide de présenter sa propre candidature. Une trahison qui conduira Boris Johnson à se retirer de la course, et à laisser le champ libre à Theresa May.

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