Le Brexit façon Boris Johnson ?

Boris Johnson ne ferme pas la porte à une sortie du Royaume-Uni sans accord le 31 octobre prochain. Boris Johnson ne ferme pas la porte à une sortie du Royaume-Uni sans accord le 31 octobre prochain.[ISABEL INFANTES / AFP ]

Un divorce à la sauce «Bojo» ? On sait, depuis ce jeudi 20 juin, qui sera le dernier rival de Boris Johnson dans la course à la succession de Theresa May au poste de Premier ministre britannique. Les 313 députés conservateurs ont désigné Jeremy Hunt pour accompagner l’ex-maire de Londres en «finale».

Les deux hommes doivent maintenant être départagés par les 160 000 membres du parti tory, le vainqueur devant être connu fin juillet. Mais il fait peu de doute que Johnson, ancien ministre des Affaires étrangères, devrait s’installer au 10, Downing Street. Il aura alors la lourde tâche de mettre en œuvre le Brexit, une mission sur laquelle Theresa May s’est cassé les dents. Pour débloquer la situation, il promet d’avoir une approche bien différente de celle de la future ex-dirigeante.

Une stratégie offensive

Figure de proue du camp des pro-Brexit lors du référendum de juin 2016, Boris Johnson a l’intention d’être beaucoup plus ferme vis-à-vis de l’UE que Theresa May, si jamais il est élu. Pour forcer Bruxelles à accepter de rouvrir les négociations sur l’accord de Brexit - ce que les dirigeants de l’Union refusent en bloc -, il manie en effet les menaces.

L’homme à la tignasse blonde si reconnaissable a récemment prévenu qu’il refuserait de payer la «facture du Brexit», soit les engagements financiers pris par Theresa May dans le cadre du budget de l’UE pour la période 2014-2020 (estimés entre 40 et 45 milliards d’euros), si Bruxelles ne propose pas de meilleures conditions de divorce. Une bravade à laquelle l’UE a répondu en affirmant que, sans ce chèque, le Royaume-Uni ne pourrait passer aucun accord commercial avec l’Union après le Brexit, prévu le 31 octobre.

Justement, sur cette date de divorce, la position de Boris Johnson est claire : son pays sortira de l’UE le 31 octobre prochain, «avec ou sans accord». L’ancien journaliste, âgé de 55 ans, ne ferme donc pas la porte à un «no deal», alors que Theresa May et l’UE ont toujours cherché à éviter ce scénario à haut risque, qui pourrait perturber le quotidien des citoyens et l’économie des deux parties.

Mais «Boris Johnson pourrait bien mettre de l’eau dans son vin», selon Olivier Marty, enseignant en questions européennes à Sciences Po et HEC. Comme en témoigne d'ailleurs son refus, lors d’un débat télévisé sur la BBC mardi 18 juin, de «garantir» un Brexit le 31 octobre.

Un caractère imprévisible

Il n’y a pas que sur le Brexit que Boris Johnson se distingue de Theresa May. Sa personnalité est également aux antipodes. Sobre, sérieuse, tempérée, tels sont les qualificatifs qui viennent à l’esprit lorsque l’on évoque la dirigeante, qui assurera la transition à la tête du Royaume-Uni jusqu’à la fin juillet. Tout le contraire de Boris Johnson, célèbre pour ses gaffes en série et son caractère imprévisible.

«S’il continue à ne pas être sérieux et à ne pas travailler, cela pourrait agacer les Européens et augmenter la probabilité d’un ‘no deal’», prédit Olivier Marty. Mais s’il s’assagit, il pourrait au final réussir à réunir une majorité autour d’un accord, car «beaucoup de gens ont envie d’être représentés par quelqu’un comme lui, proche du peuple et qui ne parle pas en termes technocratiques», estime le spécialiste.

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