Qui sont les candidats à la présidence de la Commission européenne ?

Margrethe Vestager, Manfred Weber et Frans Timmermans sont trois des quatre principaux prétendants au poste de président de la Commission européenne. Margrethe Vestager, Manfred Weber et Frans Timmermans sont trois des quatre principaux prétendants au poste de président de la Commission européenne. [Aris Oikonomou / AFP]

Un mois après les élections européennes, un sommet européen crucial se tient ce jeudi 20 et ce vendredi 21 juin à Bruxelles. Les dirigeants des 28 pays de l'UE doivent se mettre d'accord sur les candidats qu'ils souhaitent nommer aux postes-clés de l'Union. Notamment le plus important, celui de président de la Commission européenne.

En théorie, selon le système des «Spitzenkandidaten» en vigueur depuis 2014, seules les têtes de listes des groupes politiques européens peuvent briguer la présidence de l'exécutif bruxellois. Ainsi, ils sont trois officiellement à se présenter à la succession du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, les trois chefs de file des partis arrivés en tête du scrutin européen fin mai : l'Allemand Manfred Weber (PPE, centre-droit), le Néerlandais Frans Timmermans (socialistes, gauche) et la Danoise Margrethe Vestager (ALDE, renommé la semaine dernière «Renew Europe», centre).

Mais Emmanuel Macron est opposé à ce mécanisme de nomination, qui selon lui rend otages les citoyens de l'Union de la «cuisine des partis européens». Un avis partagé par plusieurs autres dirigeants européens. Il est donc possible d'imaginer un non-candidat prendre la tête de la Commission. Dans ce cas-là, le négociateur en chef de l'UE pour le Brexit, le Français Michel Barnier, paraît le mieux placé.

L'Allemagne et la France n'étant pas d'accord sur la personne à désigner - qui devra ensuite obtenir les voix de la majorité des députés européens lors d'un vote prévu mi-juillet -, il n'est pas certain que le sommet européen accouche d'un nom. Dans cette hypothèse, les dirigeants de l'UE se retrouveraient pour une réunion d'urgence le 1er juillet, à leur retour du G20 au Japon.

Manfred Weber

000_1h002l-min_5d0a33b1a5cc9_0.jpg
(©Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)

L'Allemand Manfred Weber fait figure de favori dans cette course à la succession de Jean-Claude Juncker. Il est en effet le chef de file du PPE (Parti populaire européen), groupe politique européen arrivé en tête des élections européennes fin mai (comme à tous les scrutins depuis 1999), et dans lequel siègent notamment Les Républicains français, le Parti populaire espagnol ou la CDU allemande.

Problème pour lui, il souffre d'un déficit de notoriété. Même si ce Bavarois de 46 ans, ingénieur de formation, connaît très bien les arcanes de l'UE (eurodéputé depuis 2004 et président du PPE depuis 2014), il n'a en effet jamais occupé de poste de ministre en Allemagne. Jugeant qu'il manque d'expérience et d'autorité, Emmanuel Macron bloque sa désignation, tout comme une dizaine de dirigeants européens selon une source française. Mais de son côté, Angela Merkel continue de soutenir son compatriote Manfred Weber, lui qui est membre de la CSU, la branche bavaroise de la CDU, le parti chrétien-démocrate de la chancelière allemande.

Frans Timmermans

000_1g945r-min_5d0a344829262_0.jpg
(©INA FASSBENDER / AFP)

Un sérieux outsider. Le Néerlandais Frans Timmermans est le candidat des socialistes et démocrates européens (S&D), arrivés deuxièmes des dernières élections européennes. A l'instar de Manfred Weber, c'est un poids lourd au niveau européen. Il occupe en effet le poste de premier vice-président de la Commission depuis 2014. Mais, contrairement à son rival allemand, le politicien de 58 ans a également une belle carrière politique nationale derrière lui, ayant été secrétaire d'Etat aux affaires européennes de 2007 à 2010 et ministre des affaires étrangères de 2012 à 2014.

Son problème à lui est qu'il est rejeté par certains Etats membres, notamment la Pologne et la Hongrie, qui lui reprochent d'avoir été le responsable des procédures de sanctions engagées contre elles ces dernières années, pour des violations de l'Etat de droit. Parlant six langues, notamment le russe et le français (il a entre autres étudié à l'université de Nancy quand il était jeune), ce passionné de littérature française est davantage vu comme un parfait futur chef de la diplomatie européenne, en remplacement de l'Italienne Federica Mogherini.

Margrethe Vestager

000_1an2au-min_5d0a350bf2055_0.jpg
(©FRANCISCO LEONG / AFP)

Elle pourrait devenir la première femme présidente de la Commission européenne. La Danoise Margrethe Vestager se présente comme la candidate du groupe centriste ALDE, arrivé troisième des élections européennes. Il a été renommé «Renew Europe» («Renaissance Europe») la semaine dernière, sous la pression des eurodéputés français macronistes, qui ont rejoint ce groupe après le scrutin européen de fin mai.

Elle fait partie des candidats soutenus par Emmanuel Macron, qui veut une personnalité forte pour incarner l'UE sur la scène internationale. L'actuelle commissaire européenne à la Concurrence, 51 ans, semble en effet correspondre au profil recherché par le président français. Elle s'est fait connaître pour avoir osé s'attaquer aux pratiques frauduleuses des géants du numérique américains, Google, Amazon et Apple en tête. Elle a fait condamner trois fois Google depuis deux ans, à chaque fois pour abus de position dominante, les amendes atteignant la somme cumulée de 8,2 milliards d'euros, ce qui lui a valu le surnom de «tax lady de l'UE» par Donald Trump.

Michel barnier

000_1fj3qw-min_5d0a3567c2606_0.jpg
(©Aris Oikonomou / AFP)

Si le système des têtes de liste («Spitzenkandidaten») est abandonné, le nom de Michel Barnier revient avec insistance pour prendre la main sur la Commission européenne. Le négociateur en chef de l'UE pour le Brexit, 68 ans, pourrait en effet être le candidat du compromis, étant membre du PPE tout en étant «Macron-compatible». Même s'il ne s'est pas officiellement déclaré, sa candidature est en effet poussée par La République en marche (LREM), et Emmanuel Macron l'a déjà cité comme possible prétendant au poste.

Michel Barnier a également pour lui son expérience, ayant été deux fois commissaire européen et quatre fois ministre en France. Mais «si la France bloque la candidature de Manfred Weber, Angela Merkel ne pourra jamais accepter la désignation d'un Français à la présidence de la Commission européenne», ont averti les responsables du PPE.

Un autre ?

Parmi les autres noms qui circulent pour prendre la présidence de la Commission européenne, figure celui de Christine Lagarde, ex-ministre et actuelle directrice générale du Fonds monétaire international (FMI). Mais celle-ci reste pour l’instant concentrée sur son «mandat» au FMI, qui se termine en 2021, a-t-elle récemment déclaré.

Le nom de la Bulgare Kristalina Georgieva, en fin de mandat à la Banque Mondiale, où elle est directrice générale, est également avancé, mais sans convaincre. Des rumeurs ont enfin fait état d'une possible candidature d'Angela Merkel (qui serait soutenue par Emmanuel Macron, a-t-il affirmé le 11 juin dernier), mais la chancelière allemande n'a pour l'heure pas montré d'intérêt pour le poste, soutenant plutôt son compatriote Manfred Weber.

À suivre aussi

Ailleurs sur le web

Derniers articles