Concurrence : Amazon dans la ligne de mire de Bruxelles

L'entrée d'un centre logistique d'Amazon à Lauwin-Planque en France  [DENIS CHARLET / AFP/Archives] L'entrée d'un centre logistique d'Amazon à Lauwin-Planque en France [DENIS CHARLET / AFP/Archives]

Bruxelles a ouvert mercredi un nouveau front contre un géant américain du numérique en annonçant une «enquête approfondie» sur Amazon, soupçonné d'enfreindre les règles européennes de concurrence en utilisant les données issues des détaillants indépendants qui vendent sur son site.

«J'ai décidé d'examiner très attentivement les pratiques commerciales d'Amazon et son double rôle en tant que place de marché et détaillant, afin de vérifier si l'entreprise respecte les règles de concurrence de l'UE», a expliqué la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, dans un communiqué.

La Danoise, dont les services ont enquêté sur Apple, Facebook, Google et déjà Amazon dans le passé, a été critiquée par le président américain Donald Trump, qui l'accuse de détester les Etats-Unis, pour avoir à plusieurs reprises infligé des amendes aux entreprises américaines.

«Nous allons coopérer pleinement avec la Commission européenne et nous continuerons à travailler dur pour soutenir les entreprises de toutes tailles et les aider à se développer», a réagi Amazon dans un communiqué.

L'entreprise américaine vend directement des produits sur son site internet, mais met également à disposition de vendeurs indépendants une place de marché appelée «Marketplace», sur laquelle ils peuvent vendre aux consommateurs.

«En fournissant une place de marché aux vendeurs indépendants, Amazon collecte en permanence des informations sur les activités exercées sur sa plateforme», explique la Commission.

Lourdes amendes

L'ouverture de cette «enquête approfondie» fait suite à une enquête préliminaire débutée il y a plusieurs mois, qui a laissé apparaître que le géant américain du commerce en ligne utilisait «des informations sensibles sous l'angle de la concurrence» sur «les vendeurs, leurs produits et leurs transactions».

«L'ouverture d'une procédure formelle d'examen ne préjuge pas de son issue», précise la Commission. Les sanctions infligées par Bruxelles dans ce type de cas peuvent atteindre jusqu'à 10% du chiffre d'affaires.

«Toute la question tourne autour des données» recueillies grâce aux petits détaillants qu'Amazon héberge, avait expliqué Mme Vestager en septembre dernier, lorsqu'elle avait annoncé l'existence d'une enquête préliminaire «sur un éventuel abus de position dominante».

Selon elle, Amazon pourrait ensuite exploiter ces données pour «faire ses propres calculs», «voir ce que les gens veulent comme offre, et ce qui les fait acheter tel ou tel produit».

«L'enjeu pour le monde numérique est important, car toute action de la Commission peut avoir un impact sur le +business model+ des géants du web, qui est fondé sur l'accumulation de données», a commenté Andrea Collart, de la société de conseil Avisa à Bruxelles.

Amazon a déjà fait l'objet d'une enquête de la Commission, qui lui avait demandé en 2017 de rembourser au Luxembourg 250 millions d'euros d'avantages fiscaux indus.

La Commission a notamment infligé trois lourdes amendes au géant d'internet Google pour abus de position dominante sur son système d'exploitation pour smartphone Android (4,34 milliards d'euros), son comparateur de prix Google Shopping (2,42 milliards d'euros) et sa régie publicitaire AdSense (1,49 milliard d'euros).

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