Les questions soulevées par le décès de Jeffrey Epstein en prison

Jeffrey Epstein a été retrouvé mort dans sa cellule de la prison fédérale de Manhattan (New York) le 10 août, alors qu'il attendait son procès pour exploitation sexuelle et trafic de mineures. Un «suicide apparent», selon l'administration pénitentiaire, qui soulève plusieurs questions. Deux enquêtes ont été ouvertes - respectivement par le ministère de la Justice et le FBI - pour déterminer les circonstances de la mort du financier.

Quelles sont les circonstances exactes de la mort de Jeffrey Epstein ?

La première question qui se pose est évidemment celle des circonstances de la mort du millionnaire. Après qu'il a été retrouvé à moitié conscient dans sa cellule le 23 juillet dernier, Jeffrey Epstein avait été placé sous une surveillance spéciale afin de prévenir les risques de suicide. Comment l'homme d'affaires a-t-il alors pu se suicider dans ces conditions ? D'autant que la prison fédérale de Manhattan est présentée comme l'un des établissements pénitentiaires les plus sûrs outre-Atlantique. 

Selon le New York Times, la surveillance anti-suicide aurait cessé le 29 juillet, soit six jours après la potentielle tentative de suicide de l'accusé. Pourquoi donc un tel dispositif a-t-il été arrêté aussi vite alors que l'homme présentait a priori des tendances suicidaires ?

«Comment se fait-il qu'il n'ait pas été placé sous protection spéciale ? Que se passe-t-il vraiment ? Je pense que c'est une question à laquelle nous devons obtenir une réponse complète», a estimé le maire de New York, Bill de Blasio. 

A ce stade, des informations contradictoires ont été rapportées sur le dispositif de surveillance. C'est un des points sur lesquels les enquêteurs devront se pencher. 

Reste à vérifier par ailleurs qu'il s'agissait bel et bien d'un suicide, et ce, même si tout le laisse penser à ce stade. Si le New York Times a indiqué que l'homme s'était pendu, l'administration pénitentaire, prudente, a rapporté qu'il s'agissait «apparemment d'un suicide». Rappelant implicitement que le suicide restait à établir de façon certaine. 

Qui sont les «amis» de Jeffrey Epstein impliqués, eux aussi, dans le trafic sexuel de mineures ? 

En mourant ce jour-là, Jeffrey Epstein a emporté avec lui tous ses secrets. Des secrets parmi lesquels figuraient les noms des «amis» dont il aurait aussi fait profiter de la toile internationale qu'il avait tissée pour répondre à ses vices et dans laquelle de nombreuses mineures ont été piégées. 

L'affaire cristallise en effet de nombreuses spéculations et théories complotistes tant les grands noms qui figuraient parmi les fréquentations de Jeffrey Epstein ne manquaient pas. Donald Trump, Bill Clinton, le prince Andrew, fils de la reine Elizabeth II ont notamment été considérés comme des proches du financier.

«Ce que beaucoup d'entre nous veulent savoir c'est qu'est-ce qu'il savait ?», a déclaré Bill de Blasio, également candidat à l'investiture démocrate de la présidence, lors d'un point presse dans l'Iowa. Jennifer Araoz, une des victimes présumées du millionnaire, avait raconté que l'ex-trader «fournissait aussi des filles» à ses «amis», «pour qu'ils lui soient redevables».

En outre, la mort de Jeffrey Epstein est survenue un jour après la publication de centaines de pages de documents judiciaires révélant de nouvelles allégations contre lui et certains de ses associés très en vue, rappelle la BBC.

«Combien d'autres millionnaires et milliardaires faisaient partie des activités illégales dans lesquelles il était engagé ? Cette information n'est pas morte avec Jeffrey Epstein. Il faut également enquêter», a ainsi lancé Bill de Blasio.

Comment les victimes réagissent à la mort de Jeffrey Esptein ? 

Les victimes présumées d'Epstein ont exprimé leur grande déception et leur colère de voir disparaître avec lui tout espoir de le voir jugé et puni pour ce qu'il leur a fait.

«Je suis extrêmement en colère et blessée en imaginant qu'il pensait une fois de plus qu'il était au-dessus de nous et a choisi la solution de facilité», a déclaré, dans un communiqué, Jena-Lisa Jones, qui accuse l'homme d'affaires de l'avoir violée en Floride, alors qu'elle était âgée de 14 ans. 

«Je suis en colère. Jeffrey Epstein n'aura pas à faire face aux violences qu'il a faites subir devant un tribunal», a déclaré à CNBC une autre victime présumée, Jennifer Araoz. «Nous devons vivre avec les cicatrices de ses actes pour le reste de nos vies.» 

Lisa Bloom, une avocate de certaines des victimes présumées, a déclaré qu'elle poursuivrait son combat pour obtenir réparation. «Nos procédures au civil peuvent toujours être poursuivies», a-t-elle précisé. «Les victimes méritent d'obtenir réparations pour les torts qu'il a causés tout au long de sa vie», a-t-elle écrit sur Twitter. 

Le procureur américain du district sud de New York, Geoffrey Berman, a de son côté souligné le caractère dévastateur que revêtait l'annonce de la mort de Jeffrey Epstein pour les victimes. Il a estimé qu'il s'agissait d'«un obstacle supplémentaire pour permettre aux nombreuses victimes d'Epstein de témoigner devant un tribunal». «Nous restons déterminés à vous défendre et notre enquête (...) reste en cours», a-t-il ainsi déclaré dans un communiqué en s'adressant directement aux victimes. 

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