Russie : la première centrale nucléaire flottante s'apprête à prendre la mer

La Russie s’apprête à mettre en service la première centrale nucléaire flottante pour alimenter en énergie les zones les plus isolées. Baptisé Akademik Lomonosov, le navire entame vendredi un voyage de 5.000 kilomètres dans l'Arctique, malgré les craintes des défenseurs de l'environnement.

Actuellement amarré au port de Mourmansk, situé sur la rive orientale de la baie de Kola, l'Akademik Lomonosov - qui abrite deux réacteurs nucléaires de 35 MW chacun pouvant alimenter une région de 100 000 habitants – partira en direction de Pevek, petite ville de Sibérie orientale, dans le district autonome de Tchoukotka.

Customisé aux couleurs de la Russie et de Rosatom, l'agence nucléaire russe, ce bloc de 21.000 tonnes dépourvu de moteur ne passera pas inaperçu à Pevek, où il sera raccordé au réseau électrique local et devrait être opérationnel d'ici la fin de l'année.

Bien que la population de cette petite ville ne dépasse pas 5.000 habitants, la centrale couvre la consommation de 100.000 personnes et servira surtout pour alimenter les plateformes pétrolières de la région, alors que la Russie développe l'exploitation des hydrocarbures dans l'Arctique.

L'Akademik Lomonossov, dont la construction avait commencé en 2006 à Saint-Pétersbourg avant d'être amené à Mourmansk l'an passé, remplacera une centrale nucléaire, bien terrestre celle-ci, et une centrale de charbon obsolètes.

«Tchernobyl sur glace»

Les associations environnementales dénoncent ce projet depuis des années et leurs mises en garde des dangers d'un «Tchernobyl sur glace» ou d'un «Titanic nucléaire» prend un accent particulier, alors qu'une explosion en août sur une base d'essais de missiles dans le Grand Nord a fait brièvement bondir la radioactivité dans la zone.

«Toute centrale nucléaire produit des déchets radioactifs et peut avoir un accident mais l'Akademik Lomonossov est en plus vulnérable aux tempêtes», estime Rachid Alimov, du département de l'énergie de Greenpeace Russie.

D'autant que dans l'Arctique, la météo est extrême et imprévisible. «La barge est tractée par d'autres navires donc en cas de grosse tempête, il peut y avoir des collisions. Rosatom prévoit de stocker le combustible usé à bord (...), tout incident aurait de graves conséquences sur l'environnement fragile de l'Arctique, sans oublier qu'il n'y a pas d'infrastructures de nettoyage nucléaire là-bas», ajoute Rachid Alimov.

Selon lui, le district de Tchoukotka, gigantesque région plus grande que la France mais peuplée de seulement 50.000 habitants, «a un énorme potentiel pour le développement d'énergie éolienne et une centrale nucléaire flottante est tout simplement un moyen trop risqué et trop coûteux de produire de l'électricité».

L'idée d'une centrale nucléaire flottante, si elle peut sembler dangereuse, ne sort pourtant pas de nulle part. L'industrie nucléaire, qui cherche à se réinventer face à la morosité du marché, développe actuellement des petits réacteurs, modulaires et moins chers, pour séduire de nouveaux clients.

Ils s'inspirent de la construction navale, qui utilise le nucléaire depuis longtemps pour propulser sous-marins, brise-glaces ou porte-avions, et sont destinés notamment aux régions isolées disposant de peu d'infrastructures. Une solution plus simple que de construire une centrale classique sur un sol gelé toute l'année, selon Rosatom, qui compte vendre sa centrale flottante à l'étranger.

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