Brexit : que va-t-il se passer dans les prochaines semaines ?

Boris Johnson a déclaré mardi qu'il allait «s'évertuer à obtenir un accord» avec l'UE d'ici au sommet européen des 17 et 18 octobre, à Bruxelles. Boris Johnson a déclaré mardi qu'il allait «s'évertuer à obtenir un accord» avec l'UE d'ici au sommet européen des 17 et 18 octobre, à Bruxelles. [Danny Lawson / POOL / AFP]

Au Royaume-Uni, le Parlement a été suspendu tôt mardi 10 septembre, et ne rouvrira ses portes que le 14 octobre prochain, soit deux semaines seulement avant le Brexit. Malgré tout, cette période s'annonce décisive pour l'avenir de la sortie du Royaume-Uni de l'UE.

Boris Johnson avait demandé la suspension du Parlement pour empêcher les députés de s'opposer à un Brexit sans accord. Raté, car les parlementaires ont réussi à faire voter la semaine dernière une loi anti-«no deal», forçant le Premier ministre à demander un report du divorce s'il ne trouve pas d'accord d'ici au 19 octobre.

Voyant cela, le locataire du 10 Downing Street leur a proposé des élections anticipées le 15 octobre. Encore raté, le Parlement a rejeté cette option à deux reprises, dont la dernière lundi 9 septembre. Alors que Boris Johnson a affirmé qu'il préférait «être mort au fond d'un fossé» plutôt que demander à repousser le Brexit, il apparaît coincé.

«Il a maintenant intérêt à trouver un accord de retrait», estime Elvire Fabry, chercheuse à l'Institut Jacques Delors et spécialiste du Brexit. Il ne semble en effet pas avoir d'alternative. Même s'il n'a pas écarté le spectre d'un «no deal» le 31 octobre, assurant lundi qu'il ne demanderait «pas un nouveau report» du Brexit, cela serait une option risquée selon Elvire Fabry.

«Le coût, notamment économique, du 'no deal' pourrait avoir un impact négatif sur le résultat des futures élections, et faire perdre son Parti conservateur». Pire, s'il ignore la loi anti-«no deal», il pourrait s'exposer à des poursuites judiciaires, voire à la prison, d'après les experts en droit britannique.

Un accord encore possible ?

Boris Johnson semble l'avoir bien compris. Il a déclaré mardi qu'il allait «s'évertuer à obtenir un accord» avec l'UE d'ici au sommet européen des 17 et 18 octobre, à Bruxelles. Et il semble y avoir des signes d'espoir selon le commissaire européen au commerce, l'Irlandais Phil Hogan, en charge également du Brexit. Il y a du «mouvement» du côté des deux parties impliquées dans les négociations, a-t-il assuré au média irlandais RTÉ.

L'idée d'un «backstop» (ou «filet de sécurité») limité à l'Irlande du Nord semble en effet faire son chemin du côté du gouvernement britannique. Cette disposition du traité de retrait, destinée à éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande et l'Irlande du Nord, est celle qui bloque pour l'instant les négociations entre Londres et Bruxelles. Prévoyant que le Royaume-Uni reste temporairement (et en dernier recours) dans une «union douanière» avec l'UE après le Brexit, elle est très critiquée par Boris Johnson, qui juge qu'elle empêchera son pays de mener une politique commerciale indépendante.

Ce mécanisme englobe jusque-là le Royaume-Uni dans son ensemble. Le circonscrire à l'Irlande du Nord - une idée qui avait été rejetée par le passé par la prédécesseure de Boris Johnson, Theresa May, au nom de «l'intégrité» du Royaume-Uni - pourrait être la solution selon l'UE. Les dernières propositions de Londres, qui semble ouvert à une future divergence entre le statut de l'Irlande du Nord et celui du reste du Royaume-Uni, rendent Bruxelles optimiste. Mais ce n'est pas gagné, le parti unioniste nord-irlandais du DUP ayant affirmé dans un communiqué lundi 9 septembre que Boris Johnson rejetait l'idée d'un backstop limité à l'Irlande du Nord, après une réunion entre le Premier ministre et des responsables de la formation.

de Nombreux échanges à venir entre les députés

Pendant que le locataire du 10 Downing Street négociera avec l'UE, les députés ne vont pas non plus se tourner les pouces durant les prochaines semaines, bien que le Parlement soit suspendu. «Il va y avoir des jeux d'alliances, des rencontres entre les partis, afin de trouver une majorité favorable à un accord de divorce», prévoit Elvire Fabry.

Cela a déjà commencé. Le Guardian a révélé mardi que des parlementaires de tous bords étaient prêts à soutenir une version légèrement amendée de l'accord de Theresa May - rejeté trois fois par le Parlement -, assortie d'un second référendum. Selon le journal, ils passeront les prochaines semaines à tenter de réunir une majorité derrière cette proposition, et à essayer de trouver une solution pour qu'elle soit soumise au vote du Parlement lors de la deuxième moitié du mois d'octobre.

Un autre groupe transpartisan de députés a quant à lui estimé mardi que l'accord de Theresa May pouvait servir de base à la confection d'un «accord pragmatique» susceptible de rallier une majorité parlementaire.

Mais tout pourrait encore être bouleversé, puisque la justice écossaise a jugé ce mercredi 11 septembre «illégale» la décision de Boris Johnson de suspendre le Parlement jusqu'au 14 octobre. Un recours a immédiatement été déposé par le gouvernement auprès de la Cour suprême à Londres. Une péripétie qui pourrait rebattre les cartes du Brexit une énième fois.

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