Les enjeux des élections législatives en Israël

Bibi ou Benny? Telle est la question, à laquelle les plus de six millions d'électeurs israéliens devront répondre. [©JACK GUEZ, Oded Balilty / AFP]

La campagne électorale touche à sa fin en Israël. Quelque 6,3 millions d’électeurs sont appelés aux urnes ce mardi 17 septembre pour élire les 120 députés qui les représenteront à la Knesset lors d’un second scrutin en cinq mois.

En avril dernier, Benyamin Netanyahu avait été incapable de former une coalition majoritaire, son ancien ministre de la Défense, Avigdor Liberman, ayant refusé de rejoindre son gouvernement. Et plutôt que de laisser le président Reuven Rivlin demander à un adversaire de former le gouvernement, il avait dissous le Parlement, déclenchant ainsi de nouvelles élections.

un match retour âprement disputé

Et l’un des enjeux principaux de ce scrutin, qui a toutes les allures d’un référendum, est de savoir si le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahou, au pouvoir depuis 10 ans, va poursuivre son long règne ou si l'heure du changement est venue avec le novice Benny Gantz, tête de liste du part centriste «Bleu Blanc», tous deux au coude-à-coude dans les derniers sondages.

En effet, un agrégateur de sondages des différents médias créditent le Likoud (droite) de Benjamin Netanyahu, et la formation Kahol Lavan, de l'ancien chef de l'armée Benny Gantz de 32 sièges chacun sur les 120 de la Knesset. «S'il y quelqu'un qui peut influencer le président Trump, le Congrès et l'opinion publique aux Etats-Unis (...), c'est bien moi», a déclaré ce vendredi M. Netanyahu, qui joue la carte de ses contacts avec de grands leaders.

Samedi soir, Donald Trump avait d'ailleurs apporté son soutien à la campagne de réélection du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, en dévoilant leurs discussions sur un possible traité de défense commune, qu'il espère pouvoir continuer après le scrutin.

l'annexion de colonies juives en Cisjordanie

Au moment où le Premier ministre tente, dans un ultime effort, de rallier ses électeurs le gouvernement de «Bibi», surnom sous lequel tous ses compatriotes connaissent Benjamin Netanyahou, en a profité pour donner le feu vert dimanche à la légalisation d'une colonie sauvage en Cisjordanie occupée.

La petite colonie de Mevoot Yericho, où vit aujourd'hui une trentaine de familles, restera toutefois illégale aux yeux de la communauté internationale comme le sont toutes les colonies dans les Territoires palestiniens. Elle est située tout près de Jéricho, la principale ville arabe de la vallée du Jourdain, une plaine stratégique au coeur d'industries agricoles, que M. Netanyahu a promis d'annexer «immédiatement» après une victoire électorale.

Plus précisément, M. Netanyahu s'est engagé à annexer les colonies juives, et non les villes et villages arabes, dans cette vallée qui représente à elle seule environ 30% de la Cisjordanie. Une décision que Benny Gantz a jugé «irresponsable». Le programme de la liste Bleu-blanc préconise une «séparation» avec les Palestiniens, sans évoquer la «solution à deux États».

Benny, un sérieux concurrent pour bibi

Sur les ondes des radios locales, M. Netanyahu a également vanté son bilan économique - le chômage est actuellement à un plancher historique de 3,7% - alors qu'un récent sondage du cercle de réflexion Institut pour la démocratie en Israël indique que, pour un quart des Israéliens, la principale considération au moment de voter sera la position de chacun sur les questions socio-économiques.

Face à «Bibi», l'ancien général Benny Gantz, plus libéral sur les enjeux de société tout en cultivant une image de faucon sur les questions sécuritaires, joue la carte de la «probité» et se montre résolu. «Je vous le dis, nous allons le battre (...) Je suis ici pour changer le pays. Et pour y parvenir, le départ de Bibi est nécessaire», a-t-il martelé ce week-end.

L'ancien chef de l'armée a toutefois été critiqué pour une campagne terne et quelques gaffes lors de discours publics, mais il reste néanmoins la figure centrale fédérant le vote anti-Netanyahu.

Contrairement à l'élection d'avril, où ils s'étaient présentés en ordre dispersé, les partis arabes israéliens, hostiles aussi à M. Netanyahu, se sont coalisés pour ce scrutin. Une bonne performance de leur part, comme en 2015 lorsqu'ils avaient terminé en troisième place, pourrait renforcer une éventuelle coalition «anti-Bibi».

netanyahou contre la justice

Quant au conflit israélo-palestinien, alors que le processus de paix est au point mort et éclipsé par les questions de société, sa liste Bleu-blanc se démarque cependant en affichant la volonté de relancer des négociations avec les Palestiniens. «Mais toute décision ayant des implications stratégiques sera soumise au peuple pour qu’il prenne la décision ultime», avait insisté Benny Gantz.

Enfin, dans sa course au pouvoir, Benny Gantz s’astreint également à taper fort sur les casseroles judiciaires de son rival. En effet, ce nouveau scrutin est d'autant plus crucial pour M. Netanyahu qu'il intervient un mois avant sa comparution devant la justice pour des affaires de «corruption», «d'abus de confiance» et de «malversations». Car dire oui, c'est prendre le risque d'un chef de gouvernement devant se partager entre les contraintes sécuritaires et économiques, et les audiences au tribunal.

Pour l'heure, M. Netanyahu n'est ni inculpé ni donc condamné, mais une victoire électorale pourrait permettre à ses alliés de lui voter une immunité. Pour rappel, M. Netanyahu y est soupçonné d'avoir tenté de s'assurer une couverture favorable de la part du site d'informations Walla, en contrepartie de faveurs gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des centaines de millions de dollars à Bezeq, principal groupe de télécommunications israélien.

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