Offensive turque en Syrie : quelles conséquences après l'alliance entre les Kurdes et le régime de Bachar al-Assad ?

Les troupes de Damas se rapprochent ce lundi de la frontière avec la Turquie, au lendemain de l'annonce d'un accord entre les Kurdes et le régime de Bachar al-Assad. Les troupes de Damas se rapprochent ce lundi de la frontière avec la Turquie, au lendemain de l'annonce d'un accord entre les Kurdes et le régime de Bachar al-Assad. [Delil SOULEIMAN / AFP]

Abandonnés par les Etats-Unis, les Kurdes, qui font face depuis la semaine dernière à une offensive turque dans le nord de la Syrie, ont conclu dimanche 13 octobre une alliance avec le régime syrien de Bachar al-Assad. Ce qui pourrait complexifier la situation, et rebattre les cartes du conflit.

Cet accord prévoit le déploiement de l'armée syrienne tout le long de la frontière turco-syrienne, «en soutien aux Forces démocratiques syriennes (FDS)» ciblées par Ankara, pour «faire face à l'agression turque et empêcher qu'elle se poursuive». Ce lundi, les troupes se rapprochent de la frontière avec la Turquie.

Une annonce qui a surpris certains observateurs, les relations entre les Kurdes et Damas n'étant pas vraiment au beau fixe. Le régime syrien refuse en effet l'autonomie que les Kurdes ont établi de facto sur de vastes régions du nord du pays, à la faveur du conflit déclenché en 2011. Damas est même allé jusqu'à qualifier de «traîtres» les forces kurdes qui ont combattu Daesh avec les Etats-Unis.

Mais cette alliance est la preuve que les liens entre les Kurdes et Damas sont plus complexes qu'ils en ont l'air. «Les Kurdes n'ont jamais rompu avec Damas, même lorsqu'ils combattaient Daesh. Il n'y a jamais eu d'affrontements», note Karim Pakzad, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de la Syrie. L'expert rappelle également qu'en janvier 2018, lorsque les Turcs ont lancé une offensive contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) à Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, «les Kurdes avaient déjà menacé de se rallier à Bachar al-Assad».

Déjà plus de 180 morts chez les Kurdes

Ce n'est malgré tout pas de gaieté de cœur que les Kurdes ont fait appel à Damas. «Nous savons que nous devrons faire des compromis douloureux», mais «entre les compromis et le génocide de notre peuple, nous choisirons la vie», a déclaré le haut commandant des FDS, Mazloum Abdi, sur Foreign Policy, un magazine américain. Le régime syrien et son allié russe ont «fait des propositions qui pourraient sauver la vie de millions de personnes», a-t-il ajouté, alors que l'offensive turque a déjà fait plus de 180 morts chez les Kurdes, dont une soixantaine de civils.

Une coalition entre Kurdes et Damas qui est aussi le résultat de la position américaine. Après avoir transféré 50 à 100 membres des forces spéciales stationnées à la frontière turco-syrienne vers d'autres bases en Syrie quelques jours avant le début de l'attaque d'Ankara, les Etats-Unis ont annoncé ce dimanche que jusqu'à 1.000 soldats allaient quitter le nord de la Syrie, soit la quasi totalité des forces dans le pays. Le chef du Pentagone Mark Esper a évoqué une «situation intenable» pour des troupes qui «peuvent se retrouver prises en étau» entre les Kurdes et les Turcs.

Deux armées face-à-face

Pour les Kurdes, il s'agit surtout de la confirmation que Washington est en train de les abandonner, alors que ceux-ci ont pourtant joué un rôlé important dans la défaite militaire de Daesh en Syrie et en Irak au début de l'année, au côté de la coalition internationale antijihadiste menée par les Etats-Unis.

Dans un conflit aux belligérants déjà nombreux (Kurdes, Turquie, Etats-Unis), l'arrivée d'un nouveau protagoniste risque en tout cas de complexifier encore la situation, mais aussi de tendre encore plus l'atmosphère. L'armée turque et ses supplétifs syriens vont en effet bientôt se retrouver face-à-face avec une véritable armée, celle de la Syrie, avec une capacité militaire largement supérieure à celle de la milice kurde des YPG.

Ce qui fait craindre une aggravation de la catastrophe humanitaire (130.000 personnes ont déjà fui la zone selon l'ONU). A moins que l'arrivée des troupes de Bachar al-Assad à la frontière turco-syrienne ne freine l'offensive turque, comme l'imagine Karim Pakzad. «Je ne vois pas l'armée turque se lancer contre l'armée syrienne et son allié russe», affirme-t-il. Les prochaines heures risquent donc d'être décisives pour l'issue du conflit.

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