La semaine de Philippe Labro : Trump allume le feu, Laeticia calme le jeu

Le président des Etats-Unis a ouvert la porte au chaos, en laissant le dirigeant turc Erdogan s’attaquer aux Kurdes.[Nicholas Kamm / AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

MERCREDI 16 OCTOBRE

Mi-octobre, pluie et feuilles mortes, saison de transition, saison d’une actualité en forme de mosaïque. De partout, surgissent des événements qui mettent le chroniqueur aux prises avec ce dilemme : que choisir ? Essayons, pour en tirer, peut-être, quelques modestes leçons.

La forfaiture. Finalement, c’est le terme qui convient le mieux à la façon, expéditive, inattendue, cynique, avec laquelle le président des Etats-Unis, Donald Trump, a ouvert la porte au chaos, en laissant Recep Tayyip Erdogan s’attaquer à ceux que nous considérons tous comme des alliés, les Kurdes.

Un éditorialiste du New York Times, Bret Stephens, écrivait hier : «Quand le monde, aujourd’hui, regarde les Etats-Unis, il chante une chanson triste. Goodbye, l’Amérique. Goodbye l’homme libre.» Il ajoute : «C’est une disgrâce nationale. Le signe que les Américains sont le genre d’amis dont on ne veut pas : ils ne sont présents pour vous que lors­que ça les arrange.»

Trump peut toujours revenir en arrière, rouler des mécaniques et menacer Erdogan de quelques représailles économiques, ça ne changera rien sur le terrain. Mais ce sera bien tard pour les Kurdes. La leçon : quand l’expéditif l’emporte sur la réflexion, on va au désastre.

Affaire Hallyday. Tiens, tiens ! La raison finit-elle par surgir ? En renonçant à faire appel de la décision du tribunal de Nanterre – pour qui l’héritage du chanteur dépendait de la juridiction française –, Laeticia Hallyday engage un processus d’apaisement. Dans une affaire qui avait affligé tous ceux – j’en fais partie – qui ont aimé et aiment Johnny, et qui considèrent que David et Laura étaient légitimes pour faire respecter leurs droits, c’est la nouvelle qui réconforte. La leçon : dialoguer et négocier, en toutes circonstances, c’est la meilleure voie pour éteindre les passions et revenir à la réalité.

Rugby. Malgré leurs erreurs, les rugbymen français sont arrivés en quart de finale de la Coupe du monde, au Japon. J’ignore ce qu’il adviendra contre le pays de Galles, d’ici à 48 heures, mais je me lèverai tôt pour regarder ça à la télévision. L’opinion publique, jusqu’ici, n’a pas tellement vibré aux actions du XV de France. Tout de même, eux aussi sont nos «Bleus» ! La leçon : le ballon ovale est une métaphore de la vie. Il rebondit dans tous les sens. C’est ainsi qu’il faut le saisir, ne s’attendre à rien d’autre que l’inattendu.

Laïcité. Les polémiques sur le voile, les débats sur le port des signes religieux ont repris en France depuis une triste séquence d’humiliation au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. On a lu, depuis, toutes les pétitions. On a, depuis, échangé des points de vue différents, parfois irréductibles. A l’Assemblée nationale, on a entendu le Premier ministre. Les mots «soumission», «prosélytisme», «radicalisation», s’entrechoquent avec les mots «stigmatisation», «indignation», «amalgame». La leçon : dans un régime tel que l’a voulu la Constitution de la Ve République, dans un pays aussi attaché à l’importance du mot et du verbe, l’expression présidentielle devrait jouer son rôle.

Respirons un peu. En terminant sur ce qu’on appelle la vie littéraire. Ecrivains, éditorialistes, journalistes étudient les «courtes listes» des sélections pour les prix qui seront décernés en novembre. Les romans parus trop tôt, fin août et début septembre, à cause de l’usure du temps, et d’une pléthore de publications, ont pris un vilain coup. Certains ne sont plus dans la course. C’est assez cruel pour eux, mais c’est ainsi. De nouveaux titres, de nouveaux noms surgissent. Et cela nous relie au génie de La Fontaine : «Il faut partir à point.» La leçon : les seuls vrais juges, ce seront les lecteurs, et les libraires. Le reste n’est que course de lièvre et de tortue, c’est-à-dire du divertissement.

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