Lafarge en Syrie : la justice annule les poursuites pour «complicité de crimes contre l'humanité»

En 2012, alors que la Syrie s'enfonce dans la guerre, de nombreuses usines françaises avaient décidé de fermer mais pas Lafarge qui souhaitait maintenir sa production de ciment dans son usine locale. [Photo d'illustration / FRANCK FIFE / AFP].

La cour d'appel de Paris a annulé, jeudi 7 novembre, la mise en examen pour «complicité de crimes contre l'humanité» de Lafarge. Le cimentier français est soupçonné d'avoir financé jusqu'en 2014 des groupes terroristes en Syrie, dont Daesh, pour maintenir à tout prix l'activité d'une de ses usines.

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a en revanche maintenu les mises en examen visant le groupe pour «financement du terrorisme», «violation d'un embargo» et «mise en danger de la vie» d'anciens salariés de son usine de Jalabiya, située entre Raqa et Alep

Cette décision est le dernier rebondissement d'une affaire tentaculaire dans laquelle sont visés le groupe et trois de ses cadres, dont l'ex-PDG de l'entreprise Bruno Lafont.

Ils avaient, l'année dernière, déposé des recours dans lesquels ils contestaient les fondements et la fiabilité de l'enquête ouverte par le parquet de Paris en 2017.

D'importantes sommes d'argent versées aux jihadistes ?

Quatre ans plus tôt, alors que la Syrie s'enfonce dans la guerre, de nombreuses usines françaises avaient décidé de fermer mais pas Lafarge qui souhaitait maintenir sa production de ciment dans son usine locale.

Selon les enquêteurs, en échange de la libre circulation de son personnel et de son matériel, le groupe aurait ainsi versé entre 2013 et 2014 d’importantes sommes d’argent à des groupes armés, dont Daesh, pour maintenir coûte que coûte son activité malgré la guerre. 

Révélée par 2016 par un groupe de journalistes, l’enquête avait tourné au scandale et engendré de multiples poursuites, notamment de la part d'ONG.

Après l'annonce de la décision de la cour d'appel de Paris, l'une d'elles, l'ONG anticorruption Sherpa, a d'ailleurs indiqué à franceinfo qu'elle comptait se pourvoir en cassation pour réclamer le maintien de la mise en examen pour «complicité de crimes contre l'humanité».

En attendant que celle-ci se prononce, Lafarge reste poursuivi pour sa violation de l’embargo imposé par l'Union européenne en 2011 à l'encontre de la Syrie, et pour avoir sciemment mis en danger certains des salariés de Jallabiya, alors que les islamistes menaçaient le site.

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