«Soyez sans pitié» : des dossiers internes du gouvernement chinois expliquent comment la détention des minorités musulmanes a été organisée

Depuis quelques années, au nom de la lutte contre le terrorisme islamiste, les minorités musulmanes sont dans le viseur du régime chinois[Jason Redmond / AFP]

Depuis quelques années, au nom de la lutte contre le terrorisme islamiste, les minorités musulmanes sont dans le viseur du régime chinois. Le New York Times a eu accès à des dossiers confidentiels du gouvernement de Xi Jinping expliquant comment l'internement forcé de milliers d'individus a été organisé.

Si l'on en croit les chiffres des experts de l'ONU, «plus d'un million» de Ouïghours - un peuple turcophone et musulman du nord-ouest de la Chine - seraient actuellement «détenus arbitrairement» dans des camps, aussi appelés des «centres de formation professionnelle» par Pékin. Des Kazakhs et autres minorités musulmanes sont aussi concernés. 

24 dossiers confidentiels

Selon le témoignage de ceux qui y ont passé un séjour, à l'instar de l'homme d'affaires kazakh Omir Bekali qui dit avoir été enfermé pendant plusieurs semaines à Karamay (nord-ouest) à l'automne 2017, ces lieux ont pour but principal de débarasser les détenus de leurs convictions religieuses. Interrogé par l'AFP, il a assuré que les détenus étaient forcés à entonner des chants patriotiques chaque matin ainsi qu'à manger du porc. 

De nouveaux éléments accablants ont été révélés par le New York Times ce samedi 16 octobre. «C'est l'une des fuites internes chinoises les plus importantes», selon le quotidien. En tout, il contient vingt-quatre dossiers confidentiels de plusieurs dizaines de pages, livrés par un membre de la classe politique chinoise qui a tenu à rester anonyme en espérant toutefois que ces révélations empêcheront le président choinois, Xi Jinping, de fuir ses responsabilités dans cette sombre affaire. 

L'un des documents auquel le journal américain a pu avoir accès n'est autre qu'un guide destiné aux autorités, pour expliquer aux étudiants de retour à Xinjiang (la région autonome où vivent les Ouïghours) la disparition de leur famille. «Le guide recommande des réponses fermes pour dire aux étudiants que leurs proches ont été 'infectés' par le 'virus' de l'islamisme radical et doivent être maintenus en quarantaine pour être soignés», peut-on lire dans le New York Times. «Leurs frais de scolarité, de subsistance et la nourriture leur seront offerts» tant que leurs proches seront détenus. 

La guerre totale de Xi Jinping

Parmi les quelque quatre cents pages épluchées par le New York Times se trouve également une série de discours tenus par Xi Jinping en avril 2014, quelques semaines après un attentat perpétré par un militant ouïghour dans un train. Le leader du parti communiste avait appelé à une guerre totale «contre le terrorisme, l'infiltration et le séparatisme», en faisant usage des «organes de la dictature» «sans aucune pitié».

Les déclarations de Xi Jinping, dont le père était un compagnon de Mao Zedong, rapportés dans ces documents démontrent une rupture nette avec la politique antiterroriste de son prédécesseur Hu Jintao. Après les émeutes de juillet 2009 à Xinjiang, le gouvernement avait imposé un couvre-feu et avait coupé tout accès à Internet. Mais il avait aussi promis que «l'accent sera mis sur l'élaboration et l'application de mesures en faveur du développement économique et social [...] du Xinjiang». 

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