Affaire Carlos Ghosn : un an après, où en est-on ?

Après son arrestation, Carlos Ghosn a passé environ 130 jours en prison à Tokyo, avant d'être libéré, réincarcéré durant trois semaines, puis de nouveau laissé en liberté surveillée le 25 avril. Après son arrestation, Carlos Ghosn a passé environ 130 jours en prison à Tokyo, avant d'être libéré, réincarcéré durant trois semaines, puis de nouveau laissé en liberté surveillée le 25 avril. [Kazuhiro NOGI / AFP]

Il y a un an, le 19 novembre 2018, Carlos Ghosn, patron embématique de l'alliance Renault-Nissan, était arrêté à l'aéroport de Tokyo, pour des soupçons de malversations financières. Une année après cet événement, qui a fait l'effet d'un tremblement de terre dans le milieu de l'automobile, le dossier est encore loin d'être clos, entre un Carlos Ghosn toujours assigné à résidence au Japon et un procès prévu l'an prochain.

Carlos Ghosn assigné à résidence au Japon

Dans l'attente de son procès, Carlos Ghosn est assigné à résidence au Japon, et est soumis à un contrôle judiciaire extrêmement strict. Le Franco-libano-brésilien n'a en aucun cas le droit de voir son épouse, Carole, ni de lui parler, depuis le mois d'avril.

Il n'a pas le droit non plus de posséder un smartphone, et doit donc se contenter d'un portable ancienne génération à clapet, raconte Paris Match. Le patron déchu a également obligation de transmettre chaque mois au juge le détail de ses appels téléphoniques, les images de vidéosurveillance provenant de la caméra installée à la porte de son domicile, ainsi que la liste de ses visiteurs, y compris ceux qu'il reçoit au cabinet de ses avocats. Ses journées sont presque totalement consacrées à la préparation de son procès, pour laquelle il est conseillé par une armée d'avocats.

son procès prévu l'an prochain

Carlos Ghosn va encore devoir passer quelques mois supplémentaires en résidence surveillée au Japon. En effet, son procès doit commencer seulement en avril 2020 au Japon, la date précise n'étant pas encore connue. L'ex-magnat de l'automobile de 65 ans est sous le coup de quatre inculpations : deux pour non déclaration aux autorités boursières de rémunérations différées, et deux autres pour abus de confiance aggravé. Des faits qu'il nie en bloc, mais pour lesquels il encourt jusqu'à quinze ans de prison.

Ses avocats tentent d'obtenir l'annulation des poursuites. Le 24 octobre, ils ont déposé une requête pour une «demande en nullité de l'ensemble de la procédure contre leur client». Ils considèrent que Carlos Ghosn est victime de «manœuvres illégales des procureurs», reprenant ainsi la ligne de défense de l'ex-chef d'entreprise, qui juge que cette affaire n'est qu'un complot ourdi par des cadres de Nissan pour lui faire payer sa volonté de renforcer l'intégration entre le constructeur japonais et Renault, qui aurait pu aller jusqu'à la fusion des deux entreprises. Mais cette démarche en nullité n'a quasiment aucun chance d'aboutir.

De leur côté, une trentaine de parlementaires français, majoritairement de droite et du centre, ont demandé à l'Etat français, dans une tribune publiée dans Le Journal du dimanche dimanche 17 novembre, de rapatrier l'ancien PDG de Renault-Nissan en France, afin que celui-ci soit jugé dans l'Hexagone. Mais le ministre de l'Economie Bruno Le Maire leur a opposé une fin de non-recevoir, se refusant à toute «ingérence» de la France dans ce dossier au Japon, un «Etat souverain et Etat ami».

une alliance Renault-Nissan en pleine réconciliation, mais en difficulté

L'arrestation de Carlos Ghosn il y a un an, qui a mené à son limogeage de la présidence de Nissan et de Mitsubishi Motors puis à sa démission de son poste de PDG de Renault, a laissé l'alliance franco-japonaise fragilisée. C'est en effet l'homme d'affaires franco-libano-brésilien qui en était l'architecte. Toutes les inimitiés qui existaient - mais qui étaient jusque-là passées sous silence - entre les deux partenaires Renault et Nissan ont alors explosé à la face du monde.

Aujourd'hui, la situation semble s'être apaisée, grâce notamment aux départs coup sur coup du successeur de Carlos Ghosn à la tête de Nissan, Hiroto Saikawa, qui avait participé à faire tomber l'ancien patron, et de Thierry Bolloré, ancien proche de Carlos Ghosn, qui avait pris la direction générale de Renault après la démission de son ex-mentor. Après une année de perdue, toutes les conditions semblent réunies pour que les deux constructeurs resserrent leurs liens. On espère en haut lieu chez Renault pouvoir annoncer «du concret» dans les prochaines semaines, révèlent Les Echos.

Mais sur le plan financier, l'état de l'alliance est moins rose. Mi-octobre, Renault a revu à la baisse ses objectifs financiers pour 2019, prévoyant notamment une diminution de 3 % à 4 % de son chiffre d'affaires, dans un contexte de contraction mondiale des ventes de voitures. Même situation compliquée chez Nissan, qui a abaissé la semaine dernière ses prévisions de chiffre d'affaires et de bénéfice annuels pour l'exercice 2019-2020 après un plongeon de 70 % de son profit sur la période juillet-septembre.

Des difficultés qui s'expliquent notamment par la baisse des ventes du groupe, repassé en troisième position du marché mondial, derrière Volkswagen et Toyota. De quoi motiver ses dirigeants à relancer l'alliance. «Les ventes ont baissé, la rentabilité de Nissan n'est pas bonne, ça devient absolument vital d'avoir une alliance qui refonctionne», estime à l'AFP un expert automobile bon connaisseur de Renault, sous couvert d'anonymat.

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