Royaume-Uni : entre Boris Johnson et Jeremy Corbyn, la guerre des petites phrases

Le leader travailliste Jeremy Corbyn et le Premier ministre conservateur Boris Johnson ont multiplié les piques ces dernières semaines. Le leader travailliste Jeremy Corbyn et le Premier ministre conservateur Boris Johnson ont multiplié les piques ces dernières semaines. [Ben STANSALL / AFP]

Boris Johnson et Jeremy Corbyn, les deux principaux prétendants au poste de Premier ministre du Royaume-Uni, vont d'affronter dans un premier débat télévisé ce mardi 19 novembre à 20h, à un peu plus de trois semaines des élections anticipées du 12 décembre.

Les discussions promettent d'être piquantes, les échanges d'amabilités entre le Premier ministre conservateur et le leader du parti travailliste étant fréquents et souvent dans l'excès.

Corbyn comparé à Staline

Boris Johnson a lancé fort sa campagne des législatives, en comparant Jeremy Corbyn au dictateur soviétique Joseph Staline dans une tribune publiée le 6 novembre dans le Telegraph, pour sa détestation supposée des riches. Les travaillistes «prétendent que leur haine n'est dirigée que contre certains milliardaires, qu'ils pointent du doigt avec un plaisir revanchard qu'on n'avait plus vu depuis que Staline a persécuté les koulaks», a écrit le Premier ministre, en référence aux paysans aisés soviétiques privés de leurs biens ou déportés sous le régime stalinien.

Johnson veut un «thatchérisme sous stéroïdes»

Avant cette saillie de Boris Johnson, Jeremy Corbyn avait lancé les hostilités la veille, lors d'un meeting électoral à Harlow, dans le nord-est de Londres. «Ce que veulent Boris Johnson et les conservateurs, c'est détourner le Brexit pour imposer un thatchérisme sous stéroïdes», avait lâché le chef des travaillistes, évoquant la politique ultralibérale mise en œuvre par la Première ministre Margaret Thatcher dans les années 1980. Selon l'ancien syndicaliste de 70 ans, le parti conservateur compte «faire marche arrière sur les bénéfices obtenus de haute lutte par la classe ouvrière durant des générations».

Une référence à «l'onanisme» de Corbyn enlevée d'un discours de johnson

Certes, ce mot n'a pas été prononcé par Boris Johnson, mais il a tout de même suscité la polémique. Au cours d'un discours la semaine dernière dans une usine à Coventry, dans le centre de l'Angleterre, Boris Johnson devait comparer l'approche des travaillistes et de Jeremy Corbyn sur le Brexit et l'indépendance de l'Ecosse à de «l'onanisme», c'est-à-dire de la masturbation, selon des extraits préalablement communiqués à la presse par le parti conservateur. Mais lorsque «BoJo» a déclamé son discours, cette référence a disparu. Interrogé à ce sujet par un journaliste, il a déclaré que le texte qui avait été transmis aux journalistes n'était qu'un «brouillon égaré», tandis que Jeremy Corbyn a jugé la remarque «ridicule» et «offensante».

Johnson invité à «devenir le premier ministre le plus éphémère qu'il y ait jamais eu»

Après la claque subie par Boris Johnson à la Cour suprême en septembre, qui a jugé illégale la suspension du Parlement décidée par le Premier ministre, Jeremy Corbyn a réclamé la démission immédiate du dirigeant conservateur. S'exprimant devant le congrès du parti travailliste réuni à Brighton, dans le sud de l'Angleterre, le 24 septembre dernier, le leader du parti de gauche a «invité Boris Johnson à reconsidérer sa fonction» et à «devenir le Premier ministre le plus éphémère qu'il y ait jamais eu». S'il avait quitté ses fonctions à ce moment-là, il aurait en effet battu le record de George Canning, qui avait dirigé le pays pendant seulement 119 jours, avant de mourir en août 1827.

corbyn traité de «poulet chloré» et de «mauviette»

C'est lors de la première séance hebdomadaire de questions au Premier ministre de Boris Johnson, le 4 septembre dernier, que l'atmosphère entre «BoJo» et Jeremy Corbyn a été la plus électrique. Interpellé par le chef de file du Labour sur le Brexit, le locataire du 10 Downing Street a répliqué, moqueur : «Je sais que Jeremy Corbyn s’inquiète des accords de libre-échange avec l'Amérique. Mais il n'y a qu’un seul poulet chloré que je puisse voir, et il est assis sur ce banc», raillant l'inquiétude de certains, qui craignent qu'un accord commercial avec les Etats-Unis mène à un abaissement des normes alimentaires au Royaume-Uni et donc à l'importation de poulets au chlore.

Boris Johnson a ensuite continué ses provocations, lançant à Jeremy Corbyn : «Déclenche des élections, espèce de mauviette», critiquant par là la position du leader travailliste de ne vouloir soutenir des élections que dans le cas où le scénario d'un Brexit sans accord était définitivement écarté.

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