La semaine de Philippe Labro : les moissons de l’automne, les prévisions de l’hiver

Guillaume Canet revient au cinéma dans «Au nom de la terre», dans la peau d'un paysan endetté qui sombre peu à peu dans la dépression. Guillaume Canet revient au cinéma dans «Au nom de la terre», dans la peau d'un paysan endetté qui sombre peu à peu dans la dépression. [Capture écran Youtube]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

MERCREDI 20 NOVEMBRE

Ça y est, il fait donc un peu plus froid, la saison correspond à nos attentes, les feuilles d’automne sont presque toutes tombées, avec quelques chiffres aussi, qui témoignent de l’intérêt constant des Françaises et des Français pour la culture, la lecture, le spectacle.

Près de 400.000 entrées au cinéma pour la première semaine de «J’accuse», près de 700.000 pour «Alice et le maire», près de 600.000 pour la deuxième semaine de «La belle époque», tandis qu’«Au nom de la terre» a déjà accueilli 1.845.632 spectateurs, sans avoir l’appui de la critique parisianiste qui n’avait pas vu l’effet qu’aurait cette description de la chute d’un homme de la terre, mais avec le soutien, dans les petites villes, de gens qui savent ce que veut dire les mots «campagne» et «paysan». De son côté, Hors normes, sur un thème difficile, l’autisme, a déjà passionné 1.529.131 spectateurs. Avec la sortie, ce mercredi, des Misérables, dont toute la presse parle, il se confirme que le cinéma participe, dans notre pays, au débat d’idées.

Pas besoin d’être grand clerc pour prévoir que les Césars de février 2020 vont donner lieu à une belle compétition. Côté livres, la moisson des prix a été riche. On annonce des chiffres de vente explosifs pour le Goncourt de Jean-Paul Dubois et le Renaudot de Sylvain Tesson. Libraires et éditeurs retrouvent le sourire, à un bémol près : tous redoutent l’approche du 5 décembre.

JEUDI 21 NOVEMBRE

En effet, partout, on prédit une journée difficile – une possible «convergence» de toutes les insatisfactions et revendications. Des transports bloqués – et pour combien de temps ? On éprouve parfois une certaine lassitude face à ce «prévisionnisme» du désordre. La notion de «grande grève» et de ses conséquences a gagné non seulement les médias, mais aussi la classe politique et les cercles gouvernementaux : «Ça va être dur», entend-on un peu partout dans les couloirs et les milieux «bien informés». Faut-il céder à cette inquiétude généralisée ? Faut-il se soumettre à une tendance qui pousse à faire grossir le nuage de l’épreuve majeure et ce qui serait, pour certains, un «tournant» de la deuxième moitié du quinquennat de Macron ? Je l’ignore.

Pour tenter de relativiser les choses, il n’est pas inutile de regarder ce qui se passe ailleurs, hors de notre Hexagone exaspéré. On a tiré et on va tirer à balles réelles sur les étudiants de Hong Kong. On a déjà tiré en Irak, en Bolivie, au Chili. On s’asphyxie dans les rues de New Delhi. Un mouvement de protestation et de répression (pour cause de hausse du prix de l’essence annoncé sans préavis) est en marche en Iran. A Washington, devant des téléspectateurs fascinés, démocrates et républicains se déchirent autour de Trump et de ses malversations. Ce panorama incomplet d’un monde en tourment ne change rien à la vision d’une France elle-même en interrogation. Mais cela aide, encore une fois, à relativiser.

VENDREDI 22 NOVEMBRE

Un livre par semaine, sinon par jour. Ainsi de Jean-Marie Rouart et ses Aventuriers du pouvoir (éd. Robert Laffont). Non content de permettre de redécouvrir ses biographies de Napoléon, Bernis et Morny, Rouart se sert de cette excellente réédition pour livrer ce qu’il appelle des «portraits acides», et inédits, des politiques contemporains. De Gaulle ? «Un fou qui se prenait pour la France.» Mitterrand ? «Raminagrobis à l’Elysée.» Giscard d’Estaing ? Un «pharaon en quête d’amour». C’est d’une acidité rare, en effet, mais c’est très talentueux. Rouart dit que tous ces hommes font partie de «notre roman national si riche et si contradictoire». Moi, je veux bien, tant que «notre roman» ne se transforme pas en volume de la collection Série noire.

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