Une nouvelle fuite de documents dévoile l'ampleur de la répression des Ouïghours en Chine

Selon les organisations de défense des droits de l'homme, plus d'un million de musulmans, principalement d'ethnie ouïghoure, sont internés dans des camps de rééducation politique dans le Xinjiang. Selon les organisations de défense des droits de l'homme, plus d'un million de musulmans, principalement d'ethnie ouïghoure, sont internés dans des camps de rééducation politique dans le Xinjiang. [GREG BAKER / AFP ]

Surveillance généralisée, «centres de formation professionnelle» qui ressemblent davantage à des prisons... Une nouvelle fuite de documents officiels chinois, obtenus par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), met en lumière l'ampleur de la répression de la minorité musulmane des Ouïghours en Chine.

Ces documents, résumés dans des enquêtes publiées dimanche par 17 organes de presse à travers le monde, dont Le Monde en France, détaillent les règlements draconiens régissant les sites de détention situés au Xinjiang, une vaste région du nord-ouest de la Chine à majorité musulmane. Selon les organisations de défense des droits de l'homme, ils seraient plus d'un million de musulmans, principalement d'ethnie ouïghoure, à être internés dans ces camps de rééducation politique, destinés selon la Chine à lutter contre la radicalisation islamiste, en réaction à une série d'attentats sanglants attribués ces dernières années à des militants ouïghours.

Un document spécifie par exemple que les internés doivent être constamment sous surveillance, y compris lorsqu'ils se rendent aux toilettes, afin de prévenir tout risque d'évasion. «Une vidéosurveillance complète doit être établie dans les dortoirs et les salles de classe, sans angles morts, de façon à ce que les gardiens puissent exercer leur surveillance en temps réel, enregistrer les choses dans le détail et rapporter immédiatement tout événement suspect», selon une traduction en anglais des documents publiée par l'ICIJ.

«Les portes des dortoirs, des couloirs et des étages doivent être fermées à double tour immédiatement après avoir été ouvertes et refermées», poursuivent les documents, qui insistent également sur la nécessité d'avoir un système de «double fermeture» des portes, c'est-à-dire que deux clés soient à chaque fois détenues par deux gardes différents, note Le Monde.

Les détenus contraints à une «transformation idéologique»

En plus de ce contrôle physique, les détenus sont également soumis à un véritable lavage de cerveau. Qualifiés «d'étudiants», ils doivent «obtenir leur diplôme». Pour cela, ils sont soumis à un système d'évaluation par points qui mesure «leur transformation idéologique (...) et leur obéissance». Une circulaire mentionne l'importance de «la repentance et de l'aveu» des détenus, afin qu'ils comprennent «le caractère illégal, criminel et dangereux de leur comportement passé».

Et pour ceux «qui ne comprennent pas, ont des attitudes négatives ou ont des velléités de résistance», des punitions leur sont infligées. Un témoin décrit au Monde l'existence d’une «chambre noire» dans le camp où il était, qui était en fait une salle de torture. Les détenus doivent obligatoirement rester dans le centre au moins un an, selon les directives officielles, mais cette règle n'est pas toujours appliquée, selon les témoignages d'anciens prisonniers recueillis par l'ICIJ.

La répression des Ouïghours n'est pas limitée aux camps de détension. En effet, les documents révélés par l'ICIJ montrent également comment Pékin met en place une surveillance de masse de l'ensemble de la population, en collectant des données qui sont ensuite rentrées dans une immense base, servant à déterminer les personnes «suspectes», et donc à interner.

une appli de partage de fichiers ciblée

Mais ce principe de suspicion est extrêmement large. Par exemple, les autorités chinoises ont ciblé les individus utilisant «Kuai Ya» (également appelé «Zapya»), une application de partage de fichiers d'un smartphone à un autre sans passer par le très surveillé réseau internet chinois. Sur les quelque 1,9 million de Ouïghours usagers de cette appli entre juillet 2016 et juin 2017, plus de 40.000 se sont vu accoler des «commentaires» négatifs dans la base de données, signifiant un placement en détention automatique.

Toutes ces révélations ont été qualifiées lundi de «pure invention» et de «fake news» par Pékin. La région «était devenue un champ de bataille – des milliers d’incidents terroristes se sont produits au Xinjiang entre les années 1990 et 2016, et des milliers de personnes innocentes ont été tuées. Donc il y a une demande énorme chez les habitants du Xinjiang pour que le gouvernement prenne des mesures résolues pour régler le problème», a déclaré le gouvernement chinois, assurant que «la liberté religieuse [était] totalement respectée dans le Xinjiang».

Sauf que ce n'est pas la première fois que des fuites font état de la campagne de répression et de détention menée par la Chine contre les Ouïghours. La semaine dernière, le quotidien américain New York Times a divulgué des informations provenant de plus de 400 pages de documents internes au pouvoir chinois, dont des discours secrets du président Xi Jinping, appelant dès 2014 à lutter «sans aucune pitié» contre le terrorisme et le séparatisme au Xinjiang, en ayant recours notamment «aux armes de la dictature démocratique populaire».

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