Angela Merkel soutient une OTAN vacillante

Angela Merkel et Emmanuel Macron, le 16 octobre à Toulouse. Angela Merkel et Emmanuel Macron, le 16 octobre à Toulouse.[Pascal PAVANI / AFP]

La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré mercredi 27 novembre que son pays consacrera 2% de son PIB aux dépenses militaires d'ici 2030, comme le souhaitait l'OTAN.

«Il est dans notre intérêt de préserver l'OTAN, plus que pendant la guerre froide», a-t-elle affirmé devant la chambre des députés allemande. Cette déclaration, associée à la rallonge budgétaire promise, tombe à point nommé alors que l'OTAN (l’Organisation du traité de l'Atlantique nord) va fêter ses 70 ans, le 4 décembre prochain à Londres. Car jusqu'ici l'ambiance entourant les retrouvailles s'annonçait orageuse. 

La faute en partie à Emmanuel Macron qui a mis les pieds dans le plat. Le 7 novembre, il déclarait dans le journal britannique The Economist que l'OTAN était en état de «mort cérébrale». Une critique dure qui, venant du président d'un pays fondateur et troisième contributeur au budget, remettait en question son existence même.

La Pologne, l'Allemagne, la Lituanie, l'Estonie, par la voix de leurs dirigeants, se sont désolidarisées de ses propos ; le président turc, Recep Tayyip Erdogan, allant même jusqu'à les juger «inacceptables».

En France ces paroles ont été globalement saluées par les députés, à l'occasion du vote à l'Assemblée nationale de l'adhésion à l'OTAN de la Macédoine du Nord.

L'article 5 en question

Au-delà de cette petite phrase très médiatique, le président français a questionné le but de cette coopération militaire et de son article 5, qui prône la défense collective : «une attaque contre l'un ou plusieurs de ses membres est considérée comme une attaque dirigée contre tous» peut-on lire sur son site. «C'est quoi l'article 5 demain ? C'est-à-dire que si le régime de Bachar al-Assad décide de répliquer à la Turquie, est-ce que nous allons nous engager ? C'est une vraie question», a demandé Emmanuel Macron. La récente attaque turque en Syrie avec l'accord des Américains mais sans consulter les autres partenaires a donc été la faute de trop pour le président français.

Conformément à la volonté isolationniste de leur président, les Etats-Unis considèrent l'OTAN comme une gabegie ; les pays de l'Europe de l'Est ont peur de la Russie et ne souhaitent pas le désengagement des Américains ; la Turquie s'équipe en matériel militaire russe : bref, les trente membres de l'OTAN ont des intérêts tellement différents qu'il est difficile d'établir une stratégie commune.

«De nombreux pays de l'Otan, que nous sommes censés défendre, non seulement ne tiennent pas leur engagement de 2 % (ce qui est bas), mais depuis des années sont défaillants dans leurs paiements qu'ils ne versent pas. Vont-ils rembourser les États-Unis ?»

Les déclarations du président n'étaient pas anodines, à quelques jours du sommet londonien.  

Vers une europe de la défense ?

En faisant le constat de la vitalité entamée de l'OTAN, le président français souhaite aussi remettre sur le tapis la question de l'Europe de la défense, qu'il appelle de ses propres voeux depuis le début de son mandat. Si des coopérations militaires existent aujourd'hui entre les pays de l'UE, la constitution d'une armée sous commandement européen n'est au mieux qu'un projet lointain, au pire une chimère.

Les Nord-Américains ne voient pas d'un bon oeil la naissance d'une armée européenne qui serait, par nature, concurrente à l'OTAN. S'ils restent les plus gros contributeurs de l'OTAN (environ 70% du budget selon des chiffres de 2018), les USA profitent implicitement de ce partenariat pour vendre leur matériel militaire aux Européens. Quitte à provoquer des vexations à l'intérieur de l'UE, comme lorsque la Belgique a décidé, à la fin de l'année 2018, d'acheter l'avion F-35 des Américains plutôt que le Rafale français ou l'Eurofighter.

«La clause de solidarité de l’OTAN est l’article 5, pas l’article F-35», déclarait Florence Parly, la ministre française des Armées en mars. Lors de son discours à la Sorbonne en septembre 2017, Emmanuel Macron déclarait : «Au début de la prochaine décennie, l’Europe devra être dotée d’une force commune d’intervention, d’un budget de défense commun, et d’une doctrine de défense commune pour agir». 

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