Allemagne : Angela Merkel vers une retraite anticipée ?

L'avenir d'Angela Merkel à la tête de l'Allemagne est remis en question par l'élection à la tête de son allié gouvernemental du SPD de dirigeants critiques envers cette alliance. L'avenir d'Angela Merkel à la tête de l'Allemagne est remis en question par l'élection à la tête de son allié gouvernemental du SPD de dirigeants critiques envers cette alliance. [JOHN MACDOUGALL / AFP]

Alors qu'Angela Merkel a annoncé l'an dernier qu'elle se retirerait de la vie politique à l'issue de son mandat, en 2021, la retraite pourrait finalement arriver plus vite que prévue pour la chancelière allemande. Sa coalition gouvernementale, composée de son parti, la CDU, et des sociaux-démocrates du SPD, est en effet en danger depuis l'élection à la tête de ces derniers samedi 30 novembre d'un duo critique à l'égard de cette alliance.

A la surprise générale, c'est le tandem paritaire composé de Saskia Esken et Norbert Walter-Borjans, inconnus du grand public et représentants de l'aile gauche du SPD, qui a été désigné par les quelque 425.000 adhérents pour diriger la formation. Un binôme qui n'a cessé durant sa campagne de critiquer le bilan de la «grande coalition» avec la CDU (et la CSU, son parti frère bavarois), appelé «GroKo» en Allemagne.

De quoi faire craindre à Angela Merkel le congrès du SPD, réuni de vendredi à dimanche à Berlin, lors duquel les quelque 600 délégués du parti devront voter pour décider si leur formation reste ou pas dans le gouvernement. Mais sauf rebondissement de dernière minute, il paraît improbable qu'un retrait de la coalition soit entériné. En effet, malgré l'élection de dirigeants radicaux, les partisans d'une ligne modérée restent influents au sein du SPD, et font tout pour que la motion mise au vote lors du congrès soit la plus consensuelle possible et évite toute décision définitive.

Face-à-face entre le SPD et la CDU

Toutefois, les prochaines semaines risquent d'être mouvementées pour la «GroKo». En effet, Saskia Esken et Norbert Walter-Borjans demandent une renégociation du «contrat de coalition» signé avec la CDU début 2018, condition sine qua non pour eux pour rester au sein de l'alliance. Ils réclament notamment le relèvement du salaire minimum à 12 euros, contre environ 9 euros actuellement, des investissements supplémentaires pour la protection de l'environnement, ou encore l’abandon de la politique du «zéro noir», qui prône l'absence de déficit budgétaire. 

Mais la CDU ne l'entend pas de cette oreille, et rejette toute révision de ce contrat de gouvernement. Il «vaut toujours et ne sera certainement pas renégocié», a ainsi déclaré Annegret Kramp-Karrenbauer, la présidente de la formation, le 17 novembre, au quotidien Welt am Sonntag. Mais le porte-parole d'Angela Merkel, Steffen Seibert, a semblé entrouvrir la porte lundi, en assurant que la chancelière était ouverte à la discussion, «comme d'habitude dans une coalition».

Un gouvernement minoritaire plutôt que des élections ?

Ainsi, une sortie du SPD de l'alliance gouvernementale avec la CDU dans les prochaines semaines n'est pas à exclure, si la formation de gauche campe sur ses positions et si le parti de la chancelière refuse toute concession. Mais cela ne signifierait pas forcément la fin de la carrière politique d'Angela Merkel. En effet, certains observateurs imaginent que la chancelière pourrait alors prendre la tête d'un gouvernement minoritaire, sans le SPD. Une option rendue possible par le fait que le budget 2020 a déjà été voté.

Même si la dirigeante de 65 ans a écarté cette option à plusieurs reprises, la CDU pourrait préférer ce scénario à des élections anticipées qui, en plus de provoquer le départ d'Angela Merkel, seraient à risque pour le parti. En effet, celui-ci, quand bien même il continue à dominer la vie politique allemande, il perd des électeurs de scrutin en scrutin, à cause de la progression des Verts et du parti d'extrême droite AfD. La formation d'un exécutif minoritaire aurait un autre avantage pour la CDU : éviter une instabilité politique qui serait néfaste pour l'Allemagne, car elle se produirait dans une période importante pour le pays, appelé à prendre la présidence tournante de l'Union européenne le 1er juillet 2020. 

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