Ce qu'il faut retenir de la conférence de presse de Carlos Ghosn

«J'ai fui l'injustice et la persécution politique.» Comme prévu, Carlos Ghosn a fait ce mercredi sa première apparition publique depuis sa fuite du Japon vers le Liban, à l'occasion d'une conférence de presse à Beyrouth. Déterminé, il a refusé d'évoquer les circonstances de son évasion et dénoncé un «coup monté» contre lui.

Devant un parterre de quelque 150 journalistes soigneusement choisis par son équipe de communication, le patron déchu de Renault-Nissan a nié en bloc les accusations de malversations financières de la justice japonaise, qu'il considère «sans fondements», et expliqué avoir été victime d'un «complot» en interne au sein de Nissan. «Mon calvaire résulte de la décision d'une poignée d'individus sans scrupule», a-t-il dit, pointant la «collusion» entre Nissan et le procureur japonais.

Carlos Ghosn n'a pas hésité à livrer plusieurs noms de personnalités ayant conduit selon lui à sa chute, parmi lesquelles Hiroto Saikawa, ex-directeur général de Nissan, ou Hitoshi Kawaguchi et Hidetoshi Imazu, anciens cadres du constructeur japonais, qui auraient voulu lui faire payer son projet de fusion entre Renault et Nissan. «Les allégations qu'ils ont portées à mon encontre sont fausses, je n'aurais jamais dû être arrêté», estime-t-il, tout en blanchissant le Premier ministre japonais Shinzo Abe, qui selon Carlos Ghosn n'était «pas impliqué» dans son arrestation.

L'homme d'affaires franco-libano-brésilien a en revanche fustigé la justice japonaise, qu'il considère comme «hostile et inhumaine» et pour laquelle la «présomption de culpabilité prévaut». L'ancien magnat de l'immobilier a notamment décrit ses 130 jours passés en détention provisoire entre novembre 2018 et avril 2019, durant lesquels il était «interrogé plusieurs heures par jour, jusqu'à huit heures d'affilée, de jour comme de nuit, sans présence de (ses) avocats», a-t-il relaté.

Il craignait de «mourir au Japon»

Selon lui, ses conseils lui ont dit qu'il risquait d'attendre «cinq ans» avant d'obtenir le verdict de son procès, une manière pour lui de justifier son évasion. «Tout laissait à penser que je n’allais pas avoir droit à un procès équitable. Je suis vite parvenu à la conclusion que j’allais mourir au Japon», a-t-il déclaré, indiquant avoir commencé à préparer son évasion lorsque la deuxième partie de son procès a été reportée à 2021.

Et maintenant ? Carlos Ghosn en a dit un peu plus sur ses intentions futures, alors qu'il ne court pas le risque d'être extradé vers le Japon. Il a expliqué être «prêt à rester longtemps» au Liban, où il s'est réfugié, mais a assuré n'avoir «aucune ambition politique», alors que son nom avait circulé par le passé comme possible candidat à la présidentielle dans le pays du Cèdre, tout en ne fermant pas totalement la porte. S’il était sollicité, il pourrait accepter d’apporter son expérience, a-t-il expliqué.

Il a également assuré «vouloir la justice», et être donc «prêt à se présenter à un tribunal où que ce soit, du moment que le procès est équitable». «En France, au Brésil, au Liban, je pourrais avoir un procès équitable», a-t-il ajouté, assurant que, si la justice française demandait à lui parler, il se présenterait à la convocation. Pas de série télé sur son évasion en préparation en revanche, Carlos Ghosn ayant réfuté l'information sortie récemment dans les médias selon laquelle il aurait signé un contrat avec Netflix.

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