Les 3 choses que l'on attend de la conférence de presse de Carlos Ghosn

Carlos Ghosn est attendu de pied ferme pour éclaircir les multiples zones d'ombre de sa fuite digne d'un scénario hollywoodien. Carlos Ghosn est attendu de pied ferme pour éclaircir les multiples zones d'ombre de sa fuite digne d'un scénario hollywoodien. [Ludovic MARIN / AFP]

Il va s'expliquer. Dix jours après sa fuite rocambolesque du Japon, où il était assigné à résidence et accusé de malversations financières, Carlos Ghosn tiendra une conférence de presse très attendue ce mercredi 8 janvier à Beyrouth. Le patron déchu de Renault-Nissan devrait être assailli de questions, sur son avenir bien sûr, mais aussi et surtout sur les circonstances de son évasion.

Des détails sur son évasion

C'est la question que tout le monde se pose. Comment Carlos Ghosn a-t-il réussi à échapper au strict contrôle judiciaire dont il faisait l'objet au Japon (assignation à domicile, résidence surveillée, passeports conservés par ses avocats...), et à s'enfuir de l'archipel sans que les autorités nipponnes ne le remarquent ? Il est certain que la centaine de journalistes internationaux présents lors de la conférence de presse - choisis par l'ancien magnat de l'automobile lui-même - tenteront de le savoir. Ils devraient notamment chercher à confirmer la version, digne d'un film de James Bond, qui circule dans la presse depuis plusieurs jours.

Selon plusieurs médias, parmi lesquels le Wall Street Journal, l'homme d'affaires franco-libano-brésilien se serait caché dans une malle servant en temps normal à transporter des instruments de musique, afin de passer sans encombres les contrôles à l'aéroport d'Osaka. Une thèse démentie catégoriquement par l'entourage de Carlos Ghosn. Par ailleurs, même s'il y a peu de chances que l'ancien PDG de Renault-Nissan accepte de répondre, la question d'éventuelles complicités devrait être posée. Dans la préparation de l'évasion, qu'il assure avoir organisée «seul», sans l'aide de sa famille et notamment de son épouse, Carole Ghosn. Ce dont les experts en sécurité cités dans les médias doutent fort, au vu de la complexité de l'opération. Mais également dans la fuite en elle-même, aussi bien dans son exflitration de son domicile - pour laquelle il aurait été aidé par deux complices, anciens militaires américains - que dans ses trajets en jet privé, entre Osaka et Istanbul, puis entre Istanbul et Beyrouth.

Les raisons de sa fuite

«Je n'ai pas fui la justice, je me suis libéré de l'injustice et de la persécution politique. (...) Je ne suis plus l'otage d'un système judiciaire japonais partial où prévaut la présomption de culpabilité.» Voilà comment Carlos Ghosn justifiait sa fuite du Japon vers le Liban, dans un document transmis par ses porte-parole le 31 décembre dernier. Depuis son arrestation, le 19 novembre 2018 à Tokyo, l'ancien patron et ses avocats ne cessaient de critiquer le traitement infligé à Carlos Ghosn par la justice japonaise : conditions de détention «inhumaines» durant ses 130 jours passés en prison, interdiction de voir ou de contacter sa femme après sa libération sous caution en avril, instruction du dossier menée à charge par la justice nipponne...

Mais selon plusieurs médias, la véritable raison pour laquelle Carlos Ghosn a décidé de s'enfuir du Japon est à chercher ailleurs. D'après l'agence japonaise Jiji, il aurait pris cette décision fin décembre, après avoir appris que les procureurs avaient obtenu des preuves solides soutenant l'accusation selon laquelle il avait détourné de l'argent de Nissan pour son compte personnel. «Il a pris peur», estime une source au Monde. Un de ses amis, Elie Gharios, interrogé par Europe 1, confirme cette version. Il «savait qu'il allait être condamné dans tous les cas», assure-t-il. Selon France 2, un autre élément aurait également fait pencher la balance : l'annonce du report de son procès, prévu en avril 2020.

Ce qu'il va faire désormais

Maintenant qu'il est au Liban avec sa femme, pays dans lequel il ne craint quasiment rien, celui-ci n'ayant pas d'accord d'extradition avec le Japon, Carlos Ghosn est un homme libre. Son procès au Japon, qui devait avoir lieu cette année, n'est plus qu'un lointain souvenir. Même s'il a déjà 65 ans, difficile d'imaginer cet hyperactif, bâtisseur de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, qu'il a amenée au sommet de l'automobile mondiale, se contenter de jouir de sa retraite au pays du Cèdre.

Lui qui a par le passé vu son nom régulièrement circuler comme possible candidat à l'élection présidentielle pourrait se laisser tenter par une carrière politique. Mais sans doute pas dans l'immédiat, le Liban étant secoué depuis plusieurs semaines par une grave crise politique, provoquée par un mouvement de contestation d'ampleur, réclamant la chute du régime. Entrepreneur dans l'âme, Carlos Ghosn pourrait d'abord se tourner vers ce qu'il connaît le mieux, l'économie, et tenter de construire un nouvel empire, après avoir été privé de son bébé, le groupe Renault-Nissan. Une hypothèse d'autant plus crédible que le Franco-libano-brésilien a déjà investi au Liban tout au long de sa carrière, dans le vin, dans l'immobilier et dans le secteur bancaire notamment.

A moins que Carlos Ghosn ne choisisse de retourner en France, où il ne sera pas extradé vers le Japon, a affirmé la secrétaire d'Etat à l'Economie, Agnès Pannier-Runacher, Paris n'extradant jamais ses ressortissants. Un choix qui paraît tout de même risqué, le natif de Porto Velho, au Brésil, étant sous le coup de plusieurs enquêtes en France. L'une d'elles s'intéresse au financement suspect de deux soirées organisées au Château de Versailles en 2014 et 2016, la première pour les 15 ans de l'Alliance Renault-Nissan, la seconde pour le mariage de Carlos et Carole Ghosn.

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