Aux côtés de Laurent Nuñez, Gérald Darmanin était ce jeudi en déplacement à Marseille dans le cadre d'une réunion de travail sur la criminalité organisée. L'occasion de revenir sur une commande du garde des Sceaux : la construction de 3.000 places de prison supplémentaires d'ici à 2028 en préfabriqué.
Une initiative calquée sur le modèle allemand. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a fait part ce dimanche de sa volonté de créer 3.000 places de prison supplémentaires constructibles en 18 mois. Pour parvenir à ses fins, il a misé sur un concept novateur mis sur pied pour la première fois en Allemagne : celui des infrastructures pénitentiaires modulables, en préfabriqué.
«D’ici à 2027, voir 2028, je souhaite la création, sur les domaines pénitentiaires, de quinze structures de semi-liberté – soit 1.500 places – et 10 structures dédiées aux courtes peines – également 1.500 places», a assuré Gérald Darmanin dans les colonnes du Figaro.
Un coût et un délai de construction réduits
D'extérieur, ces cellules en kit ressemblent à des pièces d'exposition que l'on pourrait trouver dans des magasins d'ameublement, à la différence que la décoration y est sommaire. Lit en ferraille blanche, table de travail munie d'un téléphone et de quelques prises, toilettes... Sobrement équipées, mais flambant neuves, Gérald Darmanin a listé les nombreux avantages de ces prisons en préfabriqué, à commencer par leur construction rapide de quelques mois contre sept ans aujourd’hui en moyenne pour une prison classique. Elles ont aussi l’avantage de coûter beaucoup moins cher à fabriquer que les bâtiments classiques.
Conçues en usine et assemblées sur place, le prix dédié à la construction de ces cellules en kit est divisé par deux : 200.000 euros la place, contre 400.000 euros pour les structures traditionnelles. «C'est parfaitement conforme aux autres cellules, c'est du béton armé. Évidemment, nous restons sur un établissement pénitentiaire, donc les mesures de sécurité sont particulières, mais ce projet est un moyen d'accélérer la construction de places de prison», précise Sacha Straub-Kahn, porte-parole du ministère de la Justice.
Des cellules pour les courtes peines de prison
Destinées aux quartiers de semi-liberté, ces nouvelles cellules carcérales accueilleront donc des détenus condamnés à de courtes peines, ou en processus de réinsertion. «Ces prisons sont destinées à des détenus qui sont soit insérés dans la société, soit en vocation à se réinsérer très rapidement, par le biais d'un travail ou d'une formation, mais qui dorment encore en détention», ajoute Sacha Straub-Kahn.
Un moyen d'augmenter la capacité d'accueil des établissements déjà existants, sans en sacrifier la sécurité, selon les syndicats pénitentiaires. «Nous ne remarquons pas la différence avec un établissement classique. C'est un gain de temps phénoménal, car ces cellules sont amenées par camion déjà toutes équipées», confie Christy Nicolas, membre du syndicat SPS. Cette solution a été mise en avant car la surpopulation carcérale a explosé en France ces dernières années. Elle a été établie à 131,7% dans l’Hexagone au 1er mars 2025 et a même dépassé les 200% dans 15 établissements pénitentiaires selon le ministère de la Justice.
Les organisations syndicales ont alerté sur la pénurie de personnel avec un manque à gagner estimé à 7.000 agents, selon ces dernières.
Plus d'une quinzaine de site accueilleront ces prisons en préfabriqués d'ici à deux ans. Une première structure de 50 places sur le domaine de Troyes-Lavau (Aube) doit voir le jour à l’automne 2026. Cela resterait néanmoins loin de l’objectif de 15.000 places de prison construites en 10 ans, comme l’avait promis initialement le président de la République, Emmanuel Macron, en 2017.