Le jour où le plafond de Chagall a été dévoilé à l’Opéra

Le plafond de Chagall est un Olympe accueillant les personnages des compositeurs.[CC / midorisyu]

Sous les flashs des journalistes, le peintre Marc Chagall monte les marches de l’Opéra-Garnier, accompagné de Georges Auric, l’administrateur des lieux et du ­ministre de la Culture, André Malraux. Le 23 septembre 1964, est enfin dévoilée la toile monumentale de 240 m2 imaginée par l’artiste d’origine russe et située sous la coupole.

 

Les applaudissements du public qui accueillent l’œuvre ont remplacé les critiques ayant fait grand bruit dans la presse lorsque le projet a été révélé. La divulgation de cette commande ministérielle passée en secret par André Malraux, dont l’intention est de remettre cette salle à la mode, suscite une vive polémique.

Accusée en août 1962 de détruire l’authenticité et l’harmonie de l’édifice, la fresque est ­finalement inaugurée en grande pompe. «J’ai voulu, en haut, tel dans un miroir, refléter en un bouquet les rêves, les créations des acteurs, des musiciens ; me souvenir qu’en bas s’agitent les couleurs des habits des spectateurs. Chanter comme un oiseau, sans théorie ni méthode. Rendre hommage aux grands compositeurs d’opéras et de ballets», explique Chagall dans son discours.

Quelques jours plus tôt, le Premier ­ministre, Georges Pompidou, s’exprimant devant les caméras, déclare : «La réalité dépasse mes espérances. Ce plafond introduit dans l’Opéra la couleur et la lumière.» Il a fallu huit mois, entre janvier et août 1963, à l’artiste aidé par une petite équipe pour peindre à partir d’une maquette les douze panneaux triangulaires et un circulaire central moulés en matière plastique et recouverts de toile. Puis les éléments sont fixés côte à côte par-dessus l’ancien plafond de Jules-­Eugène Lenepveu tombé en défaveur.

Mais Chagall a pris bien plus de temps à réfléchir avant de se lancer dans ce projet. Bouleversé par la demande, tourmenté même comme il le dit, le peintre doute jour et nuit jusqu’à la réalisation de ses premières esquisses, encouragé par sa femme.

Pour ce travail, mené à l’âge de 77 ans, il refuse d’être rémunéré par l’Etat qui n’a finalement ­assumé que les frais matériels. Féérie lyrique et colorée de bleu, jaune, rouge, vert et blanc, le plafond de Chagall est un Olympe accueillant les personnages des compositeurs Bizet, Verdi, Beethoven, Gluck, Moussorgski, Mozart, Wagner, Berlioz, Rameau, Debussy, Ravel, Stravinsky, Tchaïkovski et Adam.

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