Des Indiens d’Amérique veulent empêcher la vente d’objets sacrés en France

De nombreux objets de culte des amérindiens en vente le 30 mai.[Capture d’écran Auctioneve.com]

Des Indiens de la tribu d’Acoma Pueblo (État du Nouveau-Mexique) et de la Hoopa Valley (Californie) réclament l’annulation d’une vente de 500 pièces le 30 mai à Paris, ainsi que leur restitution. 

Les dirigeants de ces tribus se sont donc réunis à Washington en urgence afin de contester cette vente aux enchères. Ils ont appelé la France à «voir au delà du profit à court-terme» et à «faire ce qui est juste aux yeux de l’humanité». Ces tribus sont soutenues par le musée des Amérindiens à Washington, et par les ministères américains de l’Intérieur et des Affaires étrangères.

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Des pièces religieuses

Car les objets vendus par la maison d’enchères Eve ont trait aux croyances spirituelles des amérindiens, et ne sont donc pas de simples objets d’art à leurs yeux : «ce ne sont pas des œuvres d’art. Ce sont des pièces religieuses qui nous sont chères», explique Kurt Riley, le gouverneur de la tribu Acoma, «Le bouclier Acoma est un élément sacré que personne ne peut posséder». 

Bradley Marshall, du conseil tribal de la tribu Hoopa Valley détaille le lien qui unit les tribus à leurs objets de culte : «lorsque nous créons les objets, nous sommes dans la prière, et nous lui insufflons la vie. Ce ne sont pas de simples objets dans une collection. Ce sont des êtres vivants pour nous, ils font partie de notre famille. Ils font partie de notre identité en tant que peuple, ils incarnent le sacré au sein de notre communauté».

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«Ces objets ne devraient pas être vendus»

Le Bureau des affaires culturelles du département d’Etat a convoqué ce mercredi 25 mai une conférence de presse dans laquelle Mark Taplin s’est exprimé sur le sujet, condamnant la vente, et estimant «qu’en l’absence d’un dossier clair et du consentement des tribus elles-mêmes, ces objets ne devraient pas être vendus». Il a également expliqué que des discussions entre les Etats-Unis et la France étaient en cours à ce sujet depuis 2013, «mais je dois dire que nous attendons toujours une réponse de la partie française» a-t-il ajouté. Aux Etats-Unis, les lois interdisent la vente d’objets cérémoniels d’autochtones.  

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«Pillage des cultures indigènes»

En attendant, la France continue les ventes, pour le plus grand désespoir des tribus amérindiennes. Kurt Riley tente d’ailleurs une comparaison osée avec la situation en Syrie : «le monde entier condamne la destruction de Palmyre par Daesh. National Geographic a d’ailleurs fait sa couverture sur les pilleurs de tombes qui s’emparent de trésors inestimables. Pendant ce temps là, la même chose arrive ici, aux Etats-Unis en ce qui concerne le pillage des cultures indigènes». 

La maison de vente aux enchères Eve n’a pas souhaité répondre aux sollicitations de l’AFP. En 2013, l’ambassade américaine à Paris avait tenté d’annuler une vente aux enchères similaire, déjà organisée par Eve. Peine perdue, la maison avait alors répondu que la vente ne violait aucune loi américaine. De fait, aux Etats-Unis, la loi interdit la vente de ces objets mais pas leur exportation. La vente avait alors rapportée plus de 500.000 euros.  

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