Gad Elmaleh, l’ami public n°1

Gad Elmaleh[Capture d'écran Youtube ]

Le bleu des yeux tranche avec le noir de la tenue. Lorsqu’il monte sur scène, son regard clair et son sourire envoûtant suffisent à illuminer la pièce. Chouchou du public, il est le seul humoriste français à s’exporter, de Paris à New York en passant par Miami ou Tel-Aviv.

 

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Du bled à la ville des lumières

Son prénom signifie «joie» en hébreu. Quoi de plus naturel dès lors pour le jeune Gad Elmaleh que de se tourner très tôt vers une carrière d’humoriste. De son enfance marocaine à Casablanca, l’artiste garde le souvenir de ses premières prestations scéniques, dans les cabarets de la ville, au côté de son père, commerçant et mime amateur. A l’école et son ambiance studieuse, Gad Elmaleh préfère la scène improvisée des cours de récréation. A l’âge de 17 ans, il quitte les bancs du lycée pour rejoindre le Canada dans l’espoir de réaliser son rêve «américain». Quand il n’assiste pas à ses cours à la faculté de sciences politiques de Montréal, Gad Elmaleh s’essaie à la radio et à la télévision.

Après quatre ans passés outre-Atlantique, il s’envole en 1992 pour Paris, où il est sélectionné au cours de classe libre du cours Florent. Il intègre la classe de la comédienne et réalisatrice Isabelle Nanty. Cette dernière le met en scène pour son premier one-man show, Décalages, présenté pour la première fois dans la salle parisienne du théâtre Trévise ainsi qu’au Palais des glaces, à Montréal et au Maroc. Le succès est immédiat, les sketches deviennent des standards de l’humour francophone : le McDonald’s et sa poubelle qui dit merci, la chèvre de Monsieur Seguin qui veut aller «gammmbader». L’univers «décalé» de Gad conquiert les cœurs et marque les esprits. Le jeune homme nourrit aussi son spectacle d’anecdotes autobiographiques, empreint de ses expériences de jeune Marocain confronté à l’individualisme et à la solitude des sociétés occidentales. Tout va ensuite très vite, et il enchaîne les tournages et les films.

 

Vidéo : « La chèvre de Mr Seguin » par Gad Elmaleh

 

 

Parallèlement à sa carrière de comique, Gad Elmaleh joue son premier rôle sur grand écran dans Salut cousin ! (1996), premier long métrage du réalisateur Merzak Allouache. Il enchaîne les tournages, des comédies, XXL (Ariel Zeïtoun, 1997) et Vive la République ! (Eric Rochant, 1997), aux rôles plus dramatiques comme dans Train de vie (Radu Mihaileanu, 1998) et L’homme est une femme comme les autres (Jean- Jacques Zilbermann, 1998) dans lequel il incarne le beau-frère fou amoureux d’Antoine de Caunes.

 

Le « chouchou » des français

L’année 2001 est «la porte ouverte à toutes les fenêtres». Le rôle du séducteur Dov dans La vérité si je mens ! 2 (Thomas Gilou, 2001), que Gad Elmaleh gagne en popularité. Succédant à Vincent Elbaz, l’acteur partage l’affiche avec Richard Anconina, Bruno Solo, José Garcia ou encore Gilbert Melki. La suite des aventures de la bande du Sentier attire près de huit millions de spectateurs. Pour Gad Elmaleh, qui n’avait pas pu – à son grand regret – participer au premier volet pour cause de tournage avec Gérard Depardieu, dans XXL, cette aventure cinématographique marque un tournant dans sa carrière.

 

Vidéo : Gad Elmaleh dans La Vérité si je mens ! 2

 

 

Le comédien n’en oublie pas pour autant l’humoriste. Il présente son nouveau spectacle La vie est normale – mis en scène de nouveau par Isabelle Nanty – où il s’amuse des petits travers de notre société : le grand-père juif marocain face à son téléphone portable ou le non-fumeur fier d’avoir enfin réussi à commencer à fumer (un seul secret pour commencer, la volonté !). Le public fait également la connaissance de Chouchou, émigré maghrébin, technicien de surface le jour et travesti la nuit à Pigalle. Le public tombe sous son charme. Gad Elmaleh décide alors de le porter à l’écran en 2003. Il retrouve son ami et réalisateur fétiche Merzak Allouache et donne la réplique à Alain Chabat. Avec ses répliques cultes («J’adore les sushis», «Je suis dans une merde internationale») et son duo comique, le long métrage remporte un franc succès, faisant plus de 3,8 millions d’entrées.

 

Vidéo : Bande-annonce de Chouchou

 

 

Sur tous les fronts

Après Olé ! de Florence Quentin en 2004, il incarne deux ans plus tard le célèbre François Pignon, héros simplet et maladroit, dans la comédie de Francis Veber La doublure. Avec ce nouveau rôle, Gad Elmaleh succède à de grands noms du cinéma français qui ont déjà incarné l’attachant Pignon : Jacques Brel (L’emmerdeur), Pierre Richard (Les fugitifs), Jacques Villeret (Le dîner de cons) et Daniel Auteuil (Le placard).

Sa prestation séduit, tout comme son nouveau one-man show, L’autre, c’est moi. Pour cette troisième création, Gad Elmaleh s’est tourné vers le stand-up, art de l’improvisation venu des Etats-Unis. Oubliés les sketches, il s’adresse directement à son public. L’artiste dévoile un nouveau panel de personnages plus drôles les uns que les autres, dont l’australopithèque et le «blond», parfait en toute occasion... même en combinaison de ski ! Son spectacle s’exporte à Londres, Miami, New York, Los Angeles, Montréal et Tel-Aviv, toujours à guichets fermés. L’autre, c’est moi fait un carton, plus de 1 450 000 DVD du spectacle sont vendus. Mais l’artiste ne s’arrête pas et regagne les studios de cinéma.

En 2007, il prête sa voix pour Bee Movie, drôle d’abeille de DreamWorks et joue sous la direction de Marco Carmel dans le film Comme ton père, aux côtés de Yaël Abecassis et Richard Berry. Il y incarne un père de famille quittant Israël pour rejoindre le Belleville des années 1970. L’intégration et la paternité, deux thèmes chers à l’artiste, qui est lui-même père d’un petit garçon né de son union avec Anne Brochet, la belle Roxanne dans Cyrano de Bergerac (Jean-Paul Rappeneau, 1990).

 

Vidéo : L’australopithèque

 

 

Derrière la caméra

Après une vingtaine de films en tant que comédien, Gad Elmaleh décide en 2009 de passer derrière la caméra. Pour son premier film en tant que réalisateur, il a mis en scène Simon Bensoussan, dit Coco, l’un des personnages phares de son deuxième spectacle, La vie normale. Milliardaire grâce à son invention de l’eau frétillante, ce juif mégalo se lance dans l’organisation de la bar-mitsva de son fils Samuel. Prêt à tout pour «éclater» les quelque 8 000 invités, il emploie les grands moyens pour faire de cet événement «un Eurodisney en communion». Du Coco, quoi ! Le succès emporte un franc succès avec près de 3 millions de spectateurs.

 

Vidéo : Bande-annonce de Coco

 

 

Une liberté qui permet d’échapper aux clichés            

Quand il commence sa route, il laisse derrière lui sa famille et Casablanca. Jamais pourtant il ne tournera le dos à ses racines. Les références à la culture juive séfarade irriguent toujours ses textes et son art. Parfois avec une tendre autodérision. Comme dans son sketch Coco, qui met en scène un père vantard qui raconte la bar-mitsva de son fils. « Qui va s’asseoir à côté de qui, c’est une stratégie militaire chez nous. Un mauvais placement de table chez nous, il peut ruiner cinq générations ».

Aujourd’hui, le travail du comédien sur ces sujets prend une direction agréablement inattendue avec les films Comme ton père (Marco Carmel, 2007), La Rafle (Raselyne Bosch, 2010) ou Le Capital (Costa-Gavras) où il livre des prestations étonnantes, loin de ses exubérances comiques. Le comédien s’aventure loin de son registre habituel, aux antipodes de La Vérité si je mens ! Dans Les Seigneurs (Olivier Dahan, 2012), il joue un football atteint de crises d’angoisse et il est choisi par Steven Spielberg pour incarner dans son adaptation des aventures de Tintin Omar Ben Salaad et par Woody Allen pour jouer un détective privé dans Minuit à Paris.

Gad assume ses choix sans complexe et ne se sent pas prisonnier d’un répertoire «communautaire» : « J e n’ai pas de problèmes avec cela, je crois qu’une carrière se dessine sur les “non”, Si tu prends tous les films que tu n’as pas faits ou toutes les pièces que tu n’as pas jouées et que tu regardes ta carrière, tu te rends compte que tu n’aurais pas aimé les faire».

 

Vidéo : La Rafle avec Gad Elmaleh

 

 

L’as de cœur

Gad Elmaleh est ainsi, fonctionnant avec le cœur, l’intuition. Il se produit partout, mais revient toujours à ce qui compte vraiment. Et surtout reste modeste. Lorsqu’il est sur scène, il sait qu’il doit « assurer toutes les soirs. Au théâtre, il y a un retour, une sentence immédiate. Je ne peux pas me permettre de ne pas assurer. Il faut être là sur place et envoyer ». Depuis qu’il s’est tourné vers le stand-up, dont la star incontestée est Jerry Seinfeld, l’une de ses idoles, Gad Elmaleh sait qu’il est attendu au tournant. Choisit pour être la voix française de Jerry Seinfeld pour le film d’animation Bee Movie, Gad Elmaleh entretient avec Seinfeld une relation amicale. En 2013, Gad Elmaleh apparaissait ainsi dans l’émission de Seinfeld, Comedians in car getting coffee où les deux comiques improvisent autour d’une tasse de café.

Il trouve son inspiration dans les rencontres, les échanges. Son énergie dans le cocon familial. « Dans le couscous, ce que j’aime le plus c’est ceux qui se sont réunis autour, les ambiances familiales. Demain soir, je sais que je vais voir ma famille, ça va me faire du bien, c’est comme si je partais en thalasso ». Quand il est fait chevalier des Arts et des Lettres, en 2006, il invite toute sa famille. Les images montrent une émotion et une fierté palpables et sincères. Dans les interviews qui suivent la cérémonie, il n’a de cesse de mettre en avant ses parents. Aujourd’hui, la famille c’est aussi son fils. Gad explique sans cesse comme il lui est compliqué de prendre «des postures d’autorité».

 

Vidéo : Gad Elmaleh dans l’émission de Jerry Seinfeld, Comedians in car getting coffee

 

 

Les autres, c’est lui

Loin des planches et des plateaux de cinéma, Gad Elmaleh se met au service des autres. L’artiste entend aussi mettre sa réussite au service de ceux qui en ont besoin. En 2004, il était le parrain d’Agir Réagir, qui a produit un CD pour soutenir les familles victimes d’un tremblement de terre survenu au Maroc.

Pudique mais déterminé, il vient également en aide aux familles d’enfants autistes. Il est ainsi le parrain de l’association Le Silence des justes, qui vient en aide aux enfants autistes et psychotiques. L’association a été créée en 1996, par la volonté farouche d’un médecin d’intégrer un de ses patients autistes dans un centre de vacances et de loisirs pour enfants dits «normaux». « L’autisme est une maladie encore trop méconnue. Quand on a un enfant autiste, c’est toute la vie de la famille qui est modifiée », explique Gad. Cette maladie, très dure pour les patients et leurs entourages, touche un enfant sur 1000. Pour soutenir ceux qui luttent, Gad Elmaleh a ainsi organisé un concert réunissant une pléiade d’artistes prestigieux en 2004, et offert la recette d’une avant-première spéciale de son nouveau spectacle lundi dernier. Et ça, «ça lui fait plaisir».

 

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