Les "exilés fiscaux" de Bruxelles surpris par Sarkozy

La proposition de Nicolas Sarkozy de taxer les exilés fiscaux a provoqué mardi la surprise parmi les Français de Bruxelles, mais certains d'entre eux y voient surtout une promesse de campagne, qui ne sera pas suivie d'effet.[AFP]

La proposition de Nicolas Sarkozy de taxer les exilés fiscaux a provoqué mardi la surprise parmi les Français de Bruxelles, mais certains d'entre eux y voient surtout une promesse de campagne, qui ne sera pas suivie d'effet.

"Les +exilés fiscaux+ français de Belgique doivent-ils craindre Nicolas Sarkozy?", s'interrogeait le quotidien La Libre Belgique sur son site internet, au lendemain de l'annonce du président-candidat.

Aucune association ou lobby ne rassemble ces "exilés" qui préfèrent rester discrets en Belgique, l'un de leurs pays de prédilection, avec la Suisse ou le Luxembourg.

"Le même fantasme revient à chaque campagne électorale. Les riches sont les seuls qu'on peut stigmatiser sans problème", regrette Alain Lefebvre, un ancien patron de presse français, qui a lancé "Juliette et Victor", le "magazine de l'art de vivre franco-belge" peu après son arrivée à Bruxelles en 2000.

Il voit dans la proposition de M. Sarkozy un "effet d'annonce" et "une des nombreuses mesurettes brandies par les candidats mais qui sont difficiles à mettre en place et peu efficaces".

Comme lui, un autre Français, s'exprimant sous couvert de l'anonymat, prédit que cette "annonce démagogique" ne "sera pas appliquée", "notamment parce qu'elle est contraire à la législation européenne". De toute façon, il sera "facile" pour les exilés fiscaux de "prendre le statut d'expatrié", non concerné par la promesse du candidat de l'UMP, explique-t-il.

Ce Français prévient que sur le plan électoral, "Nicolas Sarkozy risque de recueillir moins de voix ici cette année qu'en 2007".

En mai 2007, M. Sarkozy avait recueilli 53,69% des suffrages des Français inscrits en Belgique.

Parmi les quelque 200.000 Français présents en Belgique, entre 2.000 et 5.000 seraient des "exilés fiscaux", selon les estimations.

"Si de nombreux Français viennent ici, c'est que la France a un véritable problème de stabilité fiscale. Ils ne savent donc pas à quel saint se vouer pour préserver leur patrimoine", explique M. Lefebvre. "Ce qui frappe ces dernières années, c'est que beaucoup d'entre eux arrivent avec des fortunes relativement modestes, de l'ordre de deux à trois millions d'euros", selon lui.

Pour les conseiller, la section locale de l'Union des Français de l'étranger, une association considérée comme proche de l'UMP, organise notamment ce mois-ci deux conférences intitulées: "la Belgique restera-t-elle fiscalement attrayante en 2012?" et "la fiscalité immobilière transfrontalière".

La Belgique présente pour eux l'intérêt de ne pas disposer d'impôt sur la fortune ni de taxes sur les plus-values réalisées sur les revenus du capital. En revanche, les revenus du travail sont plus lourdement taxés qu'en France.

La présence de nombreux Français fortunés a créé un véritable marché de niche, avec notamment des agences immobilières spécialisées, surtout dans les quartiers résidentiels du sud de Bruxelles, autour du Bois de la Cambre et de l'école française d'Uccle.

L'économiste Alain Minc, conseiller de M. Sarkozy, s'est félicité que l'annonce du candidat UMP provoque "un peu d'émotion du côté du Bois de la Cambre". "Faire payer les rentiers qui habitent à Bruxelles me paraît moins contraire à l'efficacité économique que d'expliquer aux gens qu'ils ne s'enrichiront pas", a-t-il déclaré sur Europe 1 mardi.

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