Les Français de Chine, "exilés boulot" loin des candidats

Trouvant souvent "futiles" les débats hexagonaux et estimant être des "exilés boulot et non fiscaux", les Français de Chine suivent la campagne présidentielle d'un oeil distant et parfois féroce envers leur "petit pays".[AFP/Archives]

Trouvant souvent "futiles" les débats hexagonaux et estimant être des "exilés boulot et non fiscaux", les Français de Chine suivent la campagne présidentielle d'un oeil distant et parfois féroce envers leur "petit pays".

A plus de 8.000 kilomètres et avec sept heures de décalage horaire, pas question de feuilleter le quotidien du jour ni de dîner devant le JT de Laurence Ferrari. On suit les joutes politiques en différé sur TV5 et sur l'internet.

"Pour les débats, de loin c'est encore plus ridicule que quand on est dans le pays", affirme Noémie Lisbonis-Boyer, 20 ans, une étudiante de Sciences-po actuellement en échange à Pékin.

"Je me suis rendu compte de l'importance de la Chine en arrivant ici. Mais quand on habite en France on ne se rend pas compte", poursuit-elle. "On est des pays extrêmement nationalistes tournés vers nous-mêmes". Pour elle, "c'est vraiment dans l'aspect culturel, dans l'aspect touristique, que la France doit jouer un rôle, parce qu'on est un tout petit nombre (de Français)".

Il est vrai qu'en Chine, terre d'accueil des délocalisations, on croit moins aux grandes promesses faites à Paris de maintenir en activité tel ou tel site industriel en déclin. Et on est davantage sceptique sur l'aptitude de la France à peser face à l'expansion chinoise.

Au second tour de l'élection de 2007, Nicolas Sarkozy avait obtenu 71% des suffrages en Chine. Mais les Français rencontrés par l'AFP, quelle que soit leur étiquette politique, doutent que le président candidat réussira un tel score en 2012. En effet les électeurs ici ont changé: en cinq ans beaucoup de jeunes sont venus, attirés par les perspectives qu'offre la deuxième économie mondiale. Les étudiants, les petits budgets et les contrats locaux sont plus nombreux, ce qui renforce le vote de gauche.

Près de 44.000 Français résident aujourd'hui en Chine, dont plus de 16.000 à Shanghai, la capitale économique qui rassemble la première communauté française en Asie.

Cela reste peu comparé aux 2,5 millions de Français à l'étranger et les candidats ne se bousculent pas pour venir. Peut-être aussi parce que la Chine inspire certains sentiments négatifs.

Marine Le Pen a déploré que "tout (soit) fabriqué en Chine", y compris les banderoles du FN, Nicolas Dupont-Aignan a parlé d'"argent sale" à propos des achats chinois de dette européenne et François Bayrou a accusé cette aide de conduire à une "perte d'indépendance de l'Europe".

Quant aux candidats PS, l'Empire du Milieu ne semble pas leur profiter: en 2007 on avait surtout retenu de la visite de Ségolène Royal son néologisme "bravitude" forgé sur la Grande Muraille. Le mois dernier Laurent Fabius, représentant François Hollande, a écourté sa visite à Pékin où il n'a été reçu par aucun haut dirigeant chinois.

Les Français de Chine se sentent-ils inclus dans les thèmes de la campagne? "Jusque-là non", répond Christophe Rovan, le patron du Café de la Poste, situé dans le quartier touristique du Temple des Lamas à Pékin. Mais "Sarkozy les a remis au centre de la question en parlant de ce statut de l'exilé fiscal".

"La présidentielle, je la sens moins excitante qu'il y a cinq ans et je sens les gens moins impliqués", dit-il. Une soirée électorale festive qu'il a organisée dans son restaurant, où les clients votaient pour des candidats improvisés censés représenter les "vrais", a toutefois fait salle comble. Et Nicolas Sarkozy y a été "réélu".

Les Français de Pékin réfutent en tout cas l'image "falsifiée" de l'"expatrié avec grand appartement et chauffeur", "exilé fiscal" cherchant à échapper à l'impôt.

"On ne fait pas partie des privilégiés. On bosse comme des ânes, sept jours sur sept", assure ainsi Benjamin Devos, qui a fondé Comptoirs de France, une enseigne de boulangeries-pâtisseries. "Si on ne bosse pas ici, qu'est-ce qui se passe? On n'a pas de sécu, on n'a pas de toubib, une assurance ça coûte 3.000 dollars par personne et par an et encore t'as pas les dents".

Vous aimerez aussi

Une partisane de l'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva pendant une manifestation de soutien à l'ex-chef de l'Etat le 15 août 2018 à Brasilia [EVARISTO SA / AFP/Archives]
Élections L’ONU appelle le Brésil à autoriser Lula à se présenter à la présidentielle
Élection présidentielle au Mali : un second tour qui semble joué d'avance
Élections Présidentielle au Mali : un second tour qui semble joué d'avance
Le président-élu colombien Ivan Duque pendant la présentation de son livre "L'Archéologie de mon père" à Medellin, en Colombie le 10 juillet 2018 [JOAQUIN SARMIENTO / AFP]
Présidentielle Ivan Duque investi président de Colombie

Ailleurs sur le web

Derniers articles