Pas de plan Marshall pour Sarkozy

Au lieu du "plan Marshall" promis lors de sa campagne de 2007, le président Nicolas Sarkozy s'est contenté de poursuivre dans les banlieues la politique de rénovation urbaine engagée en 2003 par Jean-Louis Borloo, sans y mettre plus de moyens.[AFP/Archives]

Au lieu du "plan Marshall" promis lors de sa campagne de 2007, le président Nicolas Sarkozy s'est contenté de poursuivre dans les banlieues la politique de rénovation urbaine engagée en 2003 par Jean-Louis Borloo, sans y mettre plus de moyens.

L'engagement de M. Sarkozy, lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, "est un triple échec: social puisque le chômage n'a cessé d'augmenter, sécuritaire puisque la violence s'est accrue et urbain puisqu'on a reconstitué le ghetto sur lui-même", juge Philippe Vignaud, architecte et urbaniste qui a publié en 2008 l'ouvrage "La ville ou le chaos".

En réalité, c'est "le plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo qui a servi d'ossature cachée au +Plan Marshall+ du chef de l'Etat", dit M. Vignaud qui dénonce "une absence de volonté politique d'accueillir les banlieues dans la République".

Même Henri Guaino, conseiller spécial de l'Elysée, avait reconnu en juillet 2009 que le plan Espoir Banlieue, version moins ambitieuse du Plan Marshall, n'avait "pas abouti".

Dans des banlieues françaises, "on a remplacé des immeubles anciens par des logements neufs mais avec les mêmes populations. Et on laisse les pauvres se débrouiller entre eux", affirme l'architecte Vignaud pour qui le "Plan Marshall est un océan d'échecs" parsemé de "quelques îlots de réussite", comme les internats d'excellence, appelés à accueillir à terme 20.000 élèves issus des 460 quartiers concernés par la rénovation urbaine.

Le Plan national de rénovation urbaine (PNRU) totalise sur la période 2004/2013 plus de 40 milliards d'euros d'investissements, dont 12 milliards de subventions, le reste provenant des collectivités locales, des crédits et des investissement privés.

En réalité, "l'Etat n'a versé que 900 millions d'euros provenant de son budget sur six milliards d'engagements", selon le député-maire de Cachan (Val-de-Marne), Jean-Yves Le Bouillonnec (PS). Ce montant est de 1,3 milliard d'euros, rectifie le haut commissaire à la Diversité Yazid Sabeg.

La sociologue Sylvie Tissot est également sévère, retenant du quinquennat du président Sarkozy "une radicalisation de la stigmatisation des banlieues considérées comme des foyers de délinquance". Le "Plan Marshall" pour ces quartiers "était un très fort effet d'annonce auquel avait participé Fadela Amara", fondatrice de l'association Ni Putes Ni Soumises, avant d'être nommée Secrétaire d'Etat à la Politique de la Ville, relativise Sylvie Tissot.

Malgré "quelques points positifs" en matière de rénovation urbaine ou d'éducation, "ces cinq dernières années ont été un échec", regrette Renaud Gauquelin, maire PS de Rillieux-la-Pape (Rhône). Le président de l'association des maires Ville et Banlieue de France dresse un "diagnostic inquiétant" pour l'emploi, la santé et l'accès à l'université.

L'Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus) qui est chargé de collecter pour l'Etat et les collectivités les informations sur les quartiers a toujours mis l'accent dans ses rapports successifs sur le chômage et la pauvreté qui atteignent parfois des niveaux "alarmants".

"S'il y a bien un pays qui a pris en mains la question des banlieues, c'est la France", s'est défendu le président-candidat qui a promis un second acte de la rénovation urbaine. Selon le ministre de la Ville, Maurice Leroy, l'ANRU (Agence nationale de rénovation urbaine) a engagé en 2011 le 30ème milliard d'euros de travaux, livré le 100.000ème logement réhabilité, lancé la 320.000ème réhabilitation de logements, inauguré le 300ème équipement scolaire et aidé une 30.000ème personne à trouver un emploi grâce à une clause d'insertion".

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