Quinquennat Sarkozy : le bilan diplomatique

Géorgie, Côte d'Ivoire, oui. Printemps arabes, Proche-Orient, non. Pour des experts, les cinq années de diplomatie de Nicolas Sarkozy se soldent par quelques réussites spectaculaires, mais qu'il convient de nuancer.[AFP]

Géorgie, Côte d'Ivoire, oui. Printemps arabes, Proche-Orient, non. Pour des experts, les cinq années de diplomatie de Nicolas Sarkozy se soldent par quelques réussites spectaculaires, mais qu'il convient de nuancer.

Comme ses prédécesseurs, le président "a commencé avec une politique idéologique avec promotion des droits de l'Homme et de la démocratie, avant de revenir à une ligne classique réaliste", résume Philippe Moreau-Defarges, de l'Institut français des relations internationales (Ifri).

Pour cet expert, qui juge que la diversité des ministres Bernard Kouchner, Michèle Alliot-Marie et autre Alain Juppé n'a eu aucune incidence sur la politique étrangère de la France définie à l'Elysée, "le bilan est honorable".

"Il est nuancé", modère Pascal Boniface, directeur de l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) et auteur de "Le monde selon Sarkozy" (éditions Gawsewitch) qui vient de paraître.

Sur la scène internationale, quelques "coups spectaculaires" ont permis au chef de l'Etat de "masquer" la poursuite du déclin français au profit d'émergents probablement pas assez pris en compte. Mais il s'est aussi "assigné" au camp occidental, limitant sa capacité d'action "plurielle", selon ces experts.

Ils mettent à son crédit sa présidence européenne, marquée par le conflit russo-géorgien. En août 2008, la Russie a envahi la Géorgie pour bouter l'armée géorgienne hors de la région séparatiste pro-russe d'Ossétie du Sud. "L'accord négocié par la France arrangeait les deux parties mais il ne faut pas surestimer son rôle", relève l'expert de l'Ifri. "Ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui a arrêté la guerre, mais il a offert une porte de sortie acceptable à chacun", confirme son homologue de l'Iris.

La réactivité de Paris à la crise économique, avec la montée en puissance du Groupe des vingt premières puissances (G20), est saluée, tout comme le dossier ivoirien (2011). "La gestion en Côte d'Ivoire a été un succès en évitant une nouvelle guerre civile", estime Pascal Boniface. En couplant ses militaires au drapeau de l'Onu, la France a annihilé la volonté de Laurent Gbagbo de se maintenir au pouvoir.

Si Nicolas Sarkozy juge que sa plus grande erreur a été de n'avoir "pas vu venir la révolution du jasmin" en Tunisie, les spécialistes ne lui en tiennent pas rigueur car ils n'avaient rien anticipé non plus.

Dans le "printemps arabe", la révolution en Libye ne fait pas leur unanimité.

A la différence de l'Afghanistan, où il y a "enlisement", l'affaire libyenne "est plutôt une réussite parce que Kadhafi est parti", affirme Philippe Moreau-Defarges. "Sur le long terme, elle est problématique", déplore Pascal Boniface. "Si un massacre a été évité à Benghazi, le fait qu'on ait changé la mission en cours de route en passant de la responsabilité de protéger à la co-belligérance rend plus difficile désormais de mettre cette dernière en avant - on en souffre en Syrie. Et si les anciens tortionnaires ne sont plus au pouvoir en Libye, la torture y existe toujours et le pays risque l'éclatement".

La décision de réintégrer sans contrepartie la structure militaire de l'Otan, dominée par les Etats-Unis, ne fait pas débat. Ses implications ne pourront être jaugées qu'avec le temps, le dossier libyen dans lequel Paris ne voulait pas voir l'Alliance avant d'y être contraint par Washington et Londres n'étant pas une référence.

La volonté de rupture au Proche-Orient et en Afrique laisse enfin dubitatifs les experts, qui pointent l'impasse de l'Union pour la Méditerranée (UpM), un organisme paralysé par le conflit israélo-palestinien.

"La fin de la Françafrique (réseau politique et d'affaires souvent opaque), ce serait la fin des liens privilégiés entre la France et l'Afrique alors qu'il y a un souci de garder les grands piliers de la grandeur française", explique l'expert de l'Ifri.

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