La guerre est déclarée entre Sarkozy et la CGT

Bernard Thibault Bernard Thibault, le 18 janvier 2012.[LIONEL BONAVENTURE / AFP]

La guerre est déclarée entre Nicolas Sarkozy et la CGT : le président candidat multiplie les accusations contre la centrale de Bernard Thibault qui, sortie de sa neutralité, diffuse à un million d'exemplaires des tracts pour appeler à voter contre lui le 22 avril.

Lors d'un meeting à Nantes le candidat UMP a accusé les "permanents" CGT d'Ouest France d'avoir "scandaleusement empêché" par la grève la diffusion du quotidien régional qui "avait commis un crime : prendre une interview que je leur ai donnée".

"Honte sur les gens qui se comportent ainsi", a lancé M. Sarkozy, réitérant mercredi soir à Elancourt (Yvelines) ses accusations.

Se disant "scandalisés", les élus CGT de Ouest-France ont assuré que la grève "n'avait rien à voir avec une volonté de boycotter" le président sortant qu'ils ont accusé de procéder à une "récupération politique" pour "renforcer son discours anti-syndical".

Depuis l'annonce de sa candidature, Nicolas Sarkozy, n'a pas manqué de décocher des flèches contre les syndicats --ces "corps intermédiaires" qui, selon lui, sont hermétiques aux réformes et qu'il n'exclut pas, s'il est réélu, de contourner par le recours au référendum. Mais, c'est la CGT qui est avant tout dans son viseur.

Ainsi, le 15 mars, après la manifestation de l'intersyndicale d'ArcelorMittal devant son QG, donnant lieu à de brèves échauffourées, M. Sarkozy s'en est pris à la CGT qu'il a accusée de vouloir jouer un "rôle politique", alors que c'étaient les militants de la CFDT qui étaient à la pointe de cette action.

Lundi dernier, il avait fustigé les syndicalistes CGT de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) qui avaient refusé de s'entretenir avec lui. "Les syndicats, ça ne s'occupe pas de la campagne présidentielle", s'était-il indigné.

Or la CGT de Bernard Thibault est bien décidée à s'occuper de la présidentielle : dès le mois de janvier, sortant de sa neutralité observée depuis 1988 --suite à une prise de distance vis-à-vis du PCF-- la CGT, par la voix de Bernard Thibault, a proclamé qu'elle ne souhaitait pas la reconduction du président sortant.

Un nouveau pas a été franchi lors d'un meeting CGT au Zénith le 31 janvier, où le nom de Nicolas Sarkozy a été copieusement sifflé et celui de Jean-Luc Mélenchon ovationné.

Allant plus loin, la direction de la centrale a adopté à l'unanimité le 13 mars une déclaration appelant à un "changement de politique" et mettant en garde contre une réélection de Nicolas Sarkozy qui conduirait à de "nouveaux reculs sociaux".

La CGT a décidé de diffuser dans les entreprises un quatre page tiré à un million d'exemplaires pour appeler à ce changement politique.

Pourtant, en 2007 les rapports entre le président fraîchement élu et le patron du premier syndicat français avaient débuté sous de bons auspices, grâce notamment à l'entregent de Raymond Soubie, ex-conseiller de M. Sarkozy.

Bernard Thibault reconnaissait récemment au président sortant une seule bonne réforme : la loi de 2008 sur la représentativité syndicale, favorable aux deux grandes centrales (CGT, CFDT). Mais la réforme des retraites de 2010, perçue par les syndicats comme un coup de force, a envenimé les relations.

"L'aggressivité" actuelle des rapports entre Nicolas Sarkozy et Bernard Thibault relève d'un "facteur psychologique, très personnalisé", estime auprès de l'AFP, Bernard Vivier, directeur de l'Institut supérieur du travail.

Par ailleurs, selon lui, l'antisarkozysme sert de ciment à la CGT pour "rassembler l'organisation au moment où elle est confrontée à l'exercice difficile de trouver un successeur à Bernard Thibault" pour 2013.

Quant au discours "anti-syndical et anti-CGT" de Nicolas Sarkozy, c'est simplement "un appel à l'électorat droite-droite", estime M. Vivier.

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