Le milieu rural oublie Sarkozy

La "France périphérique fragilisée", où vit près d'un Français sur deux, délaisse Nicolas Sarkozy pour des questions d'emploi et de pouvoir d'achat, mais la présidentielle n'y est pas totalement jouée, selon un sondage Ipsos/Logica business consulting publié jeudi.[AFP]

La "France périphérique fragilisée", où vit près d'un Français sur deux, délaisse Nicolas Sarkozy pour des questions d'emploi et de pouvoir d'achat, mais la présidentielle n'y est pas totalement jouée, selon un sondage Ipsos/Logica business consulting publié jeudi.

Cette enquête, réalisée pour Le Nouvel Observateur auprès de 2.000 personnes, est d'autant plus digne d'intérêt que cette France-là constitue "l'une des zones de force traditionnelles du Front national" et que la performance de M. Sarkozy y avait été "décisive" pour sa victoire en 2007.

"C'est bien là que Nicolas Sarkozy a asphyxié Jean-Marie Le Pen", qui y fut distancé de 17 points par le candidat UMP, écrivent Brice Teinturier (Ipsos) et le géographe Christophe Guilluy, auteur de l'ouvrage très remarqué "Fractures françaises".

"La France périphérique fragilisée" réunit des communes rurales ou assez éloignées des centres urbains et des villes petites ou moyennes, socialement fragiles ou populaires. Elle pèse près de la moitié (48%) de la population en métropole.

Cette nouvelle approche de la sociologie, notamment électorale, doit beaucoup aux travaux du géographe Christophe Guilluy, associé à l'enquête d'Ipsos et qui a mis en évidence d'autres inégalités territoriales que celles, par exemple, entre centres urbains et banlieues.

L'enquête est bâtie autour de l'étude de quatre France: outre "la France périphérique fragilisée", "la France périphérique intégrée", cette fois peuplée d'habitants socialement intégrés ou aisés, la "France métropolitaine aisée", aux mêmes caractéristiques sociales mais vivant dans de grandes métropoles, enfin "la France métropolitaine fragilisée" qui "s'apparente pour beaucoup aux banlieues populaires".

Dans la France périphérique fragilisée, Nicolas Sarkozy recueille 25,5% d'intentions de vote, deux points en-dessous de sa moyenne nationale et quatre de moins que son score au 1er tour de la présidentielle 2007 (29,37%), selon ce sondage réalisé par téléphone les 16-17 et 23-24 mars auprès d'un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans au moins.

François Hollande domine, avec 28,5% d'intentions de vote, presque quatre points de plus que Ségolène Royal en 2007. Marine Le Pen obtiendrait 16% (12% pour son père en 2007), 9 points de moins que M. Sarkozy, au lieu de 17 cinq ans plus tôt. Jean-Luc Mélenchon y réaliserait également un bon score (14%).

Au second tour, Hollande l'emporterait facilement (56,5%-43,5%).

Cette France-là, c'est "la France qui coule", "frappée par les effets de la mondialisation", où "la préoccupation massive est le chômage et le pouvoir d'achat", écrivent MM. Teinturier et Guilluy.

Plus encore qu'ailleurs, ses habitants placent en tête de leurs préoccupations personnelles le chômage et le pouvoir d'achat, cités par 40 et 33% des sondés, loin devant l'insécurité (12%) et l'immigration (9%).

Or, 80% portent un jugement négatif sur le bilan emploi de M. Sarkozy (84% pour le pouvoir d'achat), et l'appréciation sur le bilan global est "le signe d'une cassure profonde", avec 64% d'avis négatifs. 12% seulement (contre 25% pour François Hollande) pensent que la situation s'améliorera si Nicolas Sarkozy est réélu.

Toutefois, tout n'est pas perdu dans ce segment-clé de la population. Ipsos souligne que cette France défavorisée à l'écart des grandes agglomérations est "la plus hésitante, celle qui indique qu'elle peut le plus changer d'avis" (38% des personnes interrogées) sur le choix du candidat le 22 avril.

Son audience dans les banlieues populaires est un autre défi majeur pour le président-candidat: il y recueillerait seulement 22% d'intentions de vote.

Vous aimerez aussi

Élection présidentielle au Mali : un second tour qui semble joué d'avance
Élections Présidentielle au Mali : un second tour qui semble joué d'avance
Le président-élu colombien Ivan Duque pendant la présentation de son livre "L'Archéologie de mon père" à Medellin, en Colombie le 10 juillet 2018 [JOAQUIN SARMIENTO / AFP]
Présidentielle Ivan Duque investi président de Colombie
L'opposant et perdant de la présidentielle au Zimbabwe, Nelson Chamisa, Harare, 3 août 2018 [Jekesai NJIKIZANA / AFP]
Afrique Zimbabwe : le président élu défend une élection crédible, l'opposition crie à la fraude

Ailleurs sur le web

Derniers articles