The Economist loin de faire consensus en France

Un numéro de The Economist.[MANAN VATSYAYANA / AFP]

Les candidats à l'Elysée sont-ils en plein "déni" d'une situation économique "particulièrement sombre" en France, comme l'écrit The Economist ? Ridicule, selon certains experts qui soulignent une réduction des déficits supérieure aux attentes. Pas faux, pour un autre qui pointe le trou abyssal du commerce extérieur.

A trois semaines de la présidentielle, The Economist, l'influent et très libéral hebdomadaire des milieux d'affaires britanniques, a fait sa une vendredi sur "La France dans le déni", dénonçant en sous-titre une campagne électorale exceptionnellement "frivole".

Le titre, volontiers provocateur, est illustré par une parodie du "Déjeuner sur l'herbe" d'Edouard Manet avec les visages de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, substitués à ceux des personnages masculins pour symboliser une France lascive, insouciante et futile.

Le jour même, l'Insee livrait des statistiques plutôt favorables avec une réduction des déficits publics que le gouvernement s'est empressé de qualifier "d'historique".

De 7,1% du PIB en 2010, ils ont été ramenés l'an dernier à 5,2% même si la dette a encore dérapé pour atteindre un niveau tout aussi historique, à 1.717,3 milliards d'euros et 85,8% du PIB.

"Ca tombe très mal" pour The Economist, vitupère Eric Heyer, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

"Je suis le premier à critiquer le gouvernement français mais là, dire que notre pays est le prochain sur la liste après la Grèce, c'est ridicule", s'insurge-t-il, dénonçant du "french bashing", un dénigrement systématique de la France.

"Ont-ils seulement ouvert les yeux et regardé ce qui se passe en Espagne ou en Italie", s'interroge-t-il, alors que la dette italienne s'affichait à 120,1% du PIB fin 2011 et que les déficits publics espagnols atteignaient encore 8,5% du PIB.

A l'inverse, la réduction des déficits français "dans une période de si faible croissance, c'est du jamais vu", oppose l'économiste, plutôt classé à gauche. D'autant que, selon lui, "80% de cette réduction sont dus à des mesures structurelles, augmentation des impôts ou maîtrise des dépenses".

La France, observe-t-il encore, a eu le mérite d'y parvenir "au prix d'énormes efforts" comme la rafale de plans de rigueur annoncés depuis l'été mais "sans trop casser sa croissance" qui reste honorable.

Quant aux candidats, du moins Nicolas Sarkozy, François Hollande ou François Bayrou, les accuser de "déni" relèverait, selon Eric Heyer, du "procès d'intention" alors que "tous font du retour des finances publiques à l'équilibre au cours du quinquennat leur priorité numéro un".

Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, est sur la même longueur d'ondes. "Il n'y a pas l'ombre d'un doute que les candidats à l'élection présidentielle ont en tête une réduction des dépenses, même s'ils se gardent de dire lesquelles", observe-t-il.

En contrepoint, M. Lorenzi avance les chiffres peu flatteurs du déficit public... britannique, attendu encore au delà de 7% du PIB cette année.

L'éditorial de The Economist a cependant trouvé au moins un défenseur en la personne de Christian Saint-Etienne, professeur à Paris Dauphine. "Le déni de réalité, c'est simplement les 70 milliards de déficit extérieur" qui trahissent "une perte de compétitivité massive par rapport à l'Allemagne", estime-t-il.

Autre point noir: "la dépense publique encore très élevée, à 56% du PIB". The Economist rappelait qu'elle est même supérieure à celle de la Suède.

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