Le ton monte entre Sarkozy et les syndicats

A moins de trois semaines du premier tour de la présidentielle, le ton ne cesse de monter entre Nicolas Sarkozy et les grands syndicats, qui se rejoignent pour condamner les virulentes attaques que leur lance le président-candidat, dans un bras de fer inhabituel.[AFP/Archives]

A moins de trois semaines du premier tour de la présidentielle, le ton ne cesse de monter entre Nicolas Sarkozy et les grands syndicats, qui se rejoignent pour condamner les virulentes attaques que leur lance le président-candidat, dans un bras de fer inhabituel.

Après avoir dénoncé à plusieurs reprises depuis le début de sa campagne les corps intermédiaires, soupçonnés d'empêcher les réformes, Nicolas Sarkozy a multiplié les attaques contre la CGT et son leader Bernard Thibault, accusés de "faire de la politique".

Lundi, il a étendu ses attaques à la CFDT dont les militants à ArcelorMittal, qualifiés de "permanents", auraient "trahi la confiance des salariés" en faisant "de la politique au lieu de défendre l'intérêt des salariés".

La centrale de François Chérèque a riposté avec véhémence, condamnant "ces propos dangereux pour la démocratie". "Nous n'avons pas une position partisane dans cette campagne, mais quand on est attaqués dans le fondement de notre activité et que nos militants dans les entreprises sont attaqués, il est normal qu'on les défende et qu'on dise que cette mise en cause est extrêmement grave pour la démocratie", affirme Marcel Grignard, leader cédétiste.

Français Chérèque avait déjà haussé le ton vendredi, accusant le président-candidat de "manipulation de l'opinion", de "démagogie populiste" en tapant à "bras raccourcis sur les syndicats". Il s'était aussi montré vexé du refus de Nicolas Sarkozy de le recevoir: "une faille dans le dialogue démocratique fort regrettable".

Mardi, Bernadette Ségol, numéro un de la Confédération européenne des syndicats (CES), est également sortie de sa réserve et s'est dite "scandalisée du traitement qui est fait au mouvement syndical" par Nicolas Sarkozy.

De son côté, Bernard Thibault mène campagne contre la reconduction du président sortant et le tract de la CGT dénonçant son bilan a été tiré à un million d'exemplaires. Un nouveau tirage de 400.000 exemplaires est prévu. Il se défend toutefois de faire de la politique: "en disant que ce quinquennat a été particulièrement négatif du point de vue à la fois des droits sociaux et de la situation faite aux salariés, nous faisons du syndicalisme".

"Cette dégradation des relations" entre le président-candidat et les organisations syndicales est "spectaculaire", relève Frédéric Dabi de l'Ifop. "Un président qui attaque ouvertement les syndicats, alors qu'il "est garant de l'unité nationale", et "des syndicats qui appellent ouvertement à voter contre lui: on est dans une dénaturation du rapport traditionnel entre les syndicats et la chose politique", estime-t-il.

Selon lui, Nicolas Sarkozy a opté pour cette stratégie inhabituelle pour "ne pas être gêné par la médiation que représentent les syndicats" et "se présenter comme le candidat qui veut créer un lien direct avec les Français".

Du côté des syndicats, il y a assurément une "inflexion de leur position traditionnelle", relève Jean-Marie Pernot, chercheur à l'Ires.

Selon lui, cette évolution est liée à l'attitude du président sortant qui "a montré une conception assez autoritaire de la conduite du pouvoir, quasiment césariste".

Alors qu'auparavant il appartenait aux Premiers ministres de "conduire les réformes", durant ce quinquennat "à chaque dossier social les syndicats sont tombés sur Nicolas Sarkozy ! Il n'est pas étonnant qu'au moment du bilan il prenne tous les coups", souligne ce chercheur.

Se mettant hors de la mêlée, le numéro un de FO Jean-Claude Mailly s'est targué mardi une nouvelle fois de la neutralité de son syndicat - position historique de FO. "Les électeurs sont assez grands pour savoir ce qu'ils ont à faire, ils n'ont pas besoin de directeur de conscience", a-t-il lancé.

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