La discrétion des candidats sur les dépenses à réduire

François Hollande François Hollande le 3 avril 2012 à Tours.[DAMIEN MEYER / AFP]

"Réduire" ou "maîtriser" les dépenses publiques: la plupart des principaux candidats à l'Elysée affichent un objectif clair, mais ils sont plus discrets lorsqu'il s'agit de préciser les secteurs et les prestations sociales visés par cette austérité.

"On ne sait pas où seront précisément réalisées les économies. A part la définition de règles très générales, il n'y a quasiment aucune mesure concrète annoncée", déplore l'économiste Jean-Christophe Caffet, de Natixis. "C'est là où le bât blesse."

Atteindre l'équilibre budgétaire en 2015, comme promis par François Bayrou, en 2016 comme l'affirment Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, ou en 2017 comme s'y est engagé François Hollande, suppose un effort de réduction du déficit public d'une centaine de milliards d'euros au moins.

Alors que les derniers plans de rigueur comportent surtout des hausses d'impôts, la Cour des comptes a appelé à mettre les bouchées doubles sur la réduction des dépenses publiques qui, à 55,9% du produit intérieur brut (PIB) en 2011, sont en France parmi les plus élevées au monde.

Sur ce front, Nicolas Sarkozy a affiché jeudi l'objectif le plus ambitieux, avec 79 milliards d'euros d'économies sur les dépenses. Pour y parvenir, il a promis de contenir leur progression à 0,4% par an en volume, mais ce cap est jugé intenable par plusieurs économistes.

De son côté, François Hollande veut faire 50 milliards d'économies en limitant l'augmentation de la dépense en moyenne à 1% par an, soit la moitié de la croissance de l'économie attendue à 2% au moins à compter de 2014. Ce chemin est lui aussi escarpé, puisqu'il s'agit de la meilleure performance jamais réalisée par la France sur la durée, de 1993 à 1998.

Cadre général

François Bayrou promet "50 milliards de baisse des dépenses" en gelant leur niveau pendant deux ans. Marine Le Pen ne prend pas d'engagement chiffré en la matière. Jean-Luc Mélenchon préfère "remplir les caisses à proportion des dépenses" plutôt que réduire celles-ci.

Chercheur au CNRS, Thibault Gajdos ne s'étonne pas de l'absence de détails. "La présidentielle sert à fixer un cadre général. Ensuite, le vainqueur devra passer par des audits, la concertation, et s'adapter à l'évolution réelle de la croissance", explique cet économiste.

Selon lui, des différences de dix milliards entre les programmes "ne veulent rien dire", "dès lors que même les économistes sont incapables de faire des prévisions fiables à un an!"

Certaines précisions commencent à apparaître. En creux chez François Hollande, qui dit vouloir au moins préserver l'Education nationale, la police et la justice.

Nicolas Sarkozy a précisé jeudi la répartition des économies entre l'Etat, les collectivités locales et l'assurance-maladie, avec notamment l'extension du non remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux, mais sans entrer très en détail dans les mesures concrètes.

Le compte n'y est pas, estiment les économistes. Du coup, les candidats s'accusent de "cacher" des coupes claires qu'ils appliqueraient une fois au pouvoir.

Pour Jean-Christophe Caffet, les objectifs de maîtrise des dépenses fixés par les différents programmes seront "difficiles à tenir sans faire de vrais arbitrages sur les prestations sociales, l'assurance maladie et les dépenses de fonctionnement de l'Etat".

"Nous n'avons pas intérêt, contrairement à un candidat de droite, à faire campagne sur le thème +nous allons réduire la dépense+", confie un haut responsable socialiste pour justifier cette absence de détails. "Mais, c'est vrai, cela nécessitera des arbitrages", ajoute-t-il, citant la politique du médicament mais aussi le gel des dotations de l'Etat aux collectivités locales évoqué à demi-mot par François Hollande.

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