Les cellules de chiffrage s'imposent dans la campagne

La guerre des chiffres fait rage parmi les favoris de la présidentielle, qui ont budgétisé leurs programmes avec un luxe de détails inégalé, mais le dernier mot pourrait revenir aux cellules de chiffrage, qui se sont imposées dans le paysage de cette campagne.[AFP/Archives]

La guerre des chiffres fait rage parmi les favoris de la présidentielle, qui ont budgétisé leurs programmes avec un luxe de détails inégalé, mais le dernier mot pourrait revenir aux cellules de chiffrage, qui se sont imposées dans le paysage de cette campagne.

Nicolas Sarkozy a enfin abattu ses cartes jeudi. A 17 jours du premier tour, le candidat de l'UMP a dressé la liste des 32 mesures qu'il avait pour la plupart distillées au fil de sa campagne. Mais surtout, il les a chiffrées.

L'économie générale de son programme repose sur un effort de près de 125 milliards d'euros pour atteindre "l'objectif impératif" d'un retour à l'équilibre des finances publiques en 2016. La clef de répartition: deux tiers d'économies pour un tiers d'impôts nouveaux.

Quant à François Hollande, il a été le premier à sortir du bois dès la fin janvier avec ses "60 engagements pour la France". L'équilibre serait atteint un an plus tard, en 2017, au prix de 100 milliards d'euros générés à parts à peu près égales par l'impôt et des économies sur la dépense publique.

Les deux camps s'accusent mutuellement d'insincérité. L'UMP dénonce les "nouvelles dépenses non financées" de François Hollande tandis que, selon la cellule de chiffrage de Terra Nova, une fondation proche du PS, 35 milliards d'euros manqueraient encore à l'appel dans le programme de Nicolas Sarkozy.

Mais au fond, ces programmes sont-ils crédibles et à quel degré? A la tête de la cellule réunie par l'Institut de l'entreprise, un "think tank" patronal dont les évaluations sont peu contestées, Eudoxe Denis distribue bons et mauvais points. "Jamais les partis politiques n'étaient entrés à ce point dans les détails", observe-t-il.

L'UMP est louée pour s'être livrée à un "exercice assez précis" mais "assez précis ne veut pas dire parfaitement robuste", prévient cet expert. A titre d'exemple, certaines dépenses seraient, selon lui, "sous-estimées car ne tenant pas compte du coût pour les collectivités locales".

Eudoxe Denis évoque la mise à disposition de bureaux pour les enseignants ou le plan de rénovation urbaine, 18 milliards dont 300 millions par an seulement seraient à la charge de l'Etat. "Si les régions ne suivent pas, ça ne sera qu'un effet d'annonce", prévient-il.

Du côté du PS, ce sont les nombreuses promesses de campagne de dernière minute, non chiffrées, qui poseraient problème: 40.000 logements étudiants, la revalorisation des carrières des jeunes chercheurs, l'allongement du congé paternité d'une semaine, le service public à la petite enfance...

Les deux programmes auraient aussi en commun de pécher par des objectifs de maîtrise des dépenses publiques audacieux. Nicolas Sarkozy entend limiter leur croissance à 0,4% par an et François Hollande à 1% alors que leur hausse tendancielle serait de 2% en moyenne sur la durée du quinquennat.

Eudoxe Denis juge le premier "très ambitieux" et s'interroge sur le second qui veut parvenir à 1% mais qui entend renoncer à la règle du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, rétablir partiellement la retraite à 60 ans ou revenir sur certaines dispositions de la réforme de la santé.

Quant au MoDem, il serait "champion de la rigueur" mais "sur le papier seulement" avec, sur le fond, "une proposition très floue" quand il évoque un crédit d'impôt innovation ou un droit à la formation renforcé.

Les candidats du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, et du Front national, Marine Le Pen, sont, eux, renvoyés dos à dos. "Ils s'affanchissent complètement de la contrainte budgétaire et font marcher la planche à billets ce qui rend quasiment vain l'exercice du chiffrage", souligne Eudoxe Denis.

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