Bouche en huître, bras ouverts: que trahit la gestuelle des politiques ?

Photomontage daté du 22 avril 2012 des candidats Sarkozy (g) et Hollande[AFP]

François Hollande et Nicolas Sarkozy s'affrontent mercredi soir dans le traditionnel débat télévisé d'entre-deux-tours. Un exercice pour lequel chaque mot mais également chaque geste compte, rappelle le synergologue Stephen Bunard, spécialiste du langage corporel.

Q: Que nous indique le langage corporel ?

R: Pour un homme politique, comme pour tout le monde, le visuel c'est 55% de l'impact d'une communication. Le langage corporel est là pour voir si on est raccord émotionnellement ou intellectuellement avec le discours que l'on tient.

Q: Quelles sont les principales caractéristiques de deux candidats ?

R: Sur le plan de la gestuelle, on a l'opposé entre un Nicolas Sarkozy qui est le surexpressif et un François Hollande qui est le vigilant.

Chez Sarkozy, cette expressivité n'est pas voulue. C'est son corps qui parle, car il est toujours traversé par des émotions, parfois contradictoires. Il est plus expressif mais parfois a une fâcheuse tendance à mimer les choses et à faire des gestes qui figurent une réalité qui n'existe que dans son esprit.

François Hollande est davantage dans la maîtrise, dans la retenue. Mais parfois trop. Car un bon communiquant c'est aussi quelqu'un qui laisse parler son corps pour être perçu comme lisible et donc comme sincère. François Hollande est peu expressif du point de vue du visage. Plus on va vers la fin de la campagne, plus il a tendance à avoir davantage la lèvre en huître, et ça c'est la maîtrise du discours. Il exerce un contrôle permanent.

Q: Que veulent dire les mains ou les bras chez les deux candidats ?

R: Chez François Hollande, il y a l'omniprésence de la main droite qui est là pour expliquer, argumenter, défendre et un manque de participation de la main gauche qui est la main de la spontanéité. Il est donc beaucoup dans le contrôle. Il a greffé sur lui la gestuelle de Mitterrand. Donc, on va avoir le coude près du pupitre et surtout ce fameux moulinet, qui, d'ailleurs, n'est pas un mauvais signe, c'est au contraire un très bon, c'est la capacité d'emmener l'autre vers le changement. Sauf que c'est une gestuelle qui est apprise, et donc ça, ça se voit et ça se sent.

Nicolas Sarkozy, c'est un expressif. Ses deux mains sont participatives, la main droite de l'argumentation et la gauche de la spontanéité.

Ce qui va être le plus intéressant sera d'aller voir les micro-expressions, la bouche, les yeux, les épaules, les micro-démangeaisons qui ne sont pas contrôlables à la différence des mouvements des mains ou des bras.

--Propos recueillis par Guillaume BONNET--

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