Hollande veut imposer son style et son rythme avant le grand oral de TF1

François Hollande le 4 septembre 2012. François Hollande le 4 septembre 2012.[ANDREAS SOLARO / AFP]

Face à des sondages en berne et aux accusations d'immobilisme de la presse et de la droite, François Hollande affirme dans des confidences au Monde vouloir "réhabituer les Français" à la "constance" dans l'action à la veille d'une interview télévisée très attendue.

"Les Français sont dans la situation du patient dans la salle d'attente d'un médecin: plus l'attente se prolonge et plus l'angoisse monte", observe Jérôme Fourquet (Ifop). "Il est en temps que le Docteur Hollande passe la tête par la porte et leur tende l'ordonnance", juge le politologue.

Après un été difficile marqué par le tweet malheureux de sa compagne Valérie Trierweiler et le tir nourri de la droite contre les vacances de l'exécutif assimilées à une vacance du pouvoir, le chef de l'Etat tentera de reprendre l'initiative dimanche dans le 20 heures de TF1. Pendant près de 25 minutes, il répondra à Claire Chazal.

"Il a tout intérêt à dévoiler ses batteries dès demain pour que les Français sachent enfin à quelle sauce ils vont être mangés", poursuit Jérôme Fourquet qui estime que le gouvernement ne peut plus se permettre d'attendre la discussion du budget 2013 au Parlement, fin septembre.

Un proche du président tempère: "il n'est pas là pour avoir un discours de technicien, il est là pour avoir un discours de stratège et exposer sa vision politique pour les cinq ans à venir" même s'il "y aura sans doute une indication plus précise" sur les intentions budgétaires et fiscales du gouvernement.

"Si demain, il commençait à égrener les mesures fiscales, ce serait une grave erreur, le rôle qui est le sien est de fixer le cap et le rythme, même s'il doit être adapté à l'accélératrion de la crise", assure un ministre influent qui voit en François Hollande le "maître du temps".

"Pas un bouchon au fil de l'eau"

Le chef de l'Etat a posé le décor vendredi. Non, il n'y aura pas de hausse "générale et indifférenciée" des impôts. Oui, la France ramènera son déficit public à 3% du PIB fin 2013 au prix d'un effort sans précédant "depuis 30 ans". Oui encore, la promesse emblématique d'une taxation à 75% des revenus supérieurs au million d'euros sera "tenue". Reste à savoir comment.

La droite et ses accusations d'immobilisme ont fait florès dans l'opinion et la presse. Moins d'un Français sur trois estime que le président de la République dit la vérité à ses compatriotes, selon un sondage TNS Sofres pour i>TELE publié vendredi. Et les hebdomadaires, nourris au rythme effréné de la présidence Sarkozy, rivalisent de titres vachards.

"Je ne veux pas être comme le bouchon au fil de l'eau", a répliqué samedi l'intéressé au Monde. François Hollande revendique le droit à la "constance" dans l'action. "Dans cette période marquée par la montée des prix, les plans sociaux et la hausse du chômage, la chronologie des Français ne correspond pas à celle de l'action gouvernementale", reconnaît-il cependant.

Bientôt quatre mois après son investiture, le chef de l'Etat est à la recherche d'un juste milieu entre la "présidence altière et rare" d'un François Mitterrand et la "réactivité maximale" d'un Nicolas Sarkozy. "Un style, cela s'imprime au fur et à mesure", observe le président "normal".

Pour Michel Rocard, il s'agira d'insister "sur le sens de la durée et du temps" dimanche soir. "La frénésie de l'activisme permanent est mauvaise et c'est pour cela qu'il n'y succombe pas", a assuré samedi l'ancien Premier ministre socialiste.

François Hollande devrait en revanche siffler la fin de la récréation au gouvernement. "On peut comprendre des couacs gouvernementaux sur des sujets de fonds mais pas le couac des egos qui est la marque de l'inexpérience", observe le ministre interrogé par l'AFP qui avertit: "ça disparaîtra avec l'expérience, sinon c'est l'ego qui disparaîtra".

Vous aimerez aussi

C'est l'heure de la rentrée pour les politiques
Rentrée La cloche a sonné pour les partis politiques
Le Premier ministre grec Alexis Tsipras (c) salue les pompiers ayant combattu les incendies meurtriers de Mati, à l'est d'Athènes, le 30 juillet 2018 [- / GREEK PRIME MINISTER'S PRESS OFFICE/AFP/Archives]
Grèce L'avenir politique de Tsipras incertain malgré la fin des plans d'aide
 Muriel Pénicaud  et Agnès Buzyn (d) à l'Assemblée nationale en mars 2018. [ALAIN JOCARD / AFP/Archives]
Gouvernement Pauvreté, assurance chômage, système de santé : une rentrée sociale dense

Ailleurs sur le web

Derniers articles