Mariage gay : quand les leaders du PS étaient réticents

Elisabeth Guigou et Lionel Jospin : deux des figures du PS qui ont exprimé des réserves sur le mariage gay et l'adoption par les couples homosexuels. Elisabeth Guigou et Lionel Jospin : deux des figures du PS qui ont exprimé des réserves sur le mariage gay et l'adoption par les couples homosexuels.[JEAN-LOUP GAUTREAU / AFP]

Le projet de loi ouvrant le droit au mariage homosexuel sera présenté en Conseil des ministres le 31 octobre prochain. Si aujourd'hui le principe du mariage gay et de l'adoption par des couples homosexuels font l'objet d'un consensus de façade au PS, cela n'a pas toujours été le cas. 

 

Elisabeth Guigou contre l'adoption en 1998

Le 3 novembre 1998 à l’Assemblée Nationale, en plein débat sur le PACS, la garde des Sceaux du gouvernement Jospin qui soutient le projet, fait cependant part de son hostilité à l'adoption par les couples homosexuels.

Elisabeth Guigou disait alors : « Pourquoi l’adoption par un couple homosexuel serait-elle une mauvaise solution ? Parce que le droit, lorsqu’il crée des filiations artificielles, ne peut ni ignorer, ni abolir la différence entre les sexes.  […] Je veux être parfaitement claire : je reconnais totalement le droit de toute personne à avoir la vie sexuelle de son choix. Mais je dis avec la plus grande fermeté que ce droit ne doit pas être confondu avec un hypothétique droit à l’enfant. […] ».

 

Lionel Jospin contre le mariage homosexuel en 2004

Six ans plus tard, le 17 mars 2004, une tribune dans le Monde intitulée « Manifeste pour l’égalité des droits » appelle les maires à « célébrer des unions entre personnes de même sexe ». Ce texte lance pour de bon le débat dans les couloirs du 10 rue de Solférino et donne naissance aux premières divisions autour de la question. Dominique Strauss-Kahn est alors à la tête du mouvement favorable à la légalisation du mariage gay.

Le premier à exprimer sa désapprobation n'est autre que Lionel Jospin. En mai 2004, l’ex-premier Ministre plantait le décor à sa façon. « On peut réprouver et combattre l'homophobie tout en n'étant pas favorable au mariage homosexuel », dit-il au cours d’un entretien au Journal du dimanche. Une position accordée à celle de son épouse, la philosophe Sylviane Agacinsky. Trois ans plus tard, cette dernière publiait dans Le Monde une tribune dans laquelle elle analysait avec circonspection le remplacement de la dualité homme / femme par la dualité homosexuel / hétérosexuel. 

 

La même année, Jean-Marc Ayrault joue la carte du principe de précaution

« L’égalité des droits, qui est un principe fondamental, n’est pas l’uniformité des droits », écrivait alors l’ancien député de Loire-Atlantique dans Tribunes Socialistes. "On ne redéfinit pas le droit familial, les rapports entre parents et enfants, comme on baisse un taux de TVA. [...] Rien n'est pire que de légiférer dans la précipitation et sous l'influence médiatique" précise le futur Premier ministre.

Toutefois, celui qui est alors le chef du groupe parlementaire socialiste à l'Assemblée nationale, précise que sur le sujet, il ne présente "ni tabou, ni préjugé".

 

Ségolène Royal : « La famille, c’est un père et une mère » (2006)

En 2006, la course à l’investiture socialiste pour la présidentielle bat son plein. Ségolène Royal, la future candidate du PS à l’Elysée, reste réservée face à la perspective d'une loi accordant le feu vert aux mariages gay. « La famille, c’est un père et une mère », affirme-t-elle dans une interview donnée le 23 février 2006 au Parisien/Aujourd’hui en France.

Pourtant un an plus tard, elle annoncait dans son pacte présidentiel vouloir garantir en cas d’élection « l’égalité des droits pour les couples du même sexe ». 

 

Ce sont donc plusieurs des figures majeures du PS qui ont fait part de leurs réserves sur le mariage homosexuel et/ou l'adoption par les couples du même sexe. Aujourd'hui, l'unité semble plus grande en apparence. Seul Bernard Poignant, maire socialiste de Quimper et proche conseiller de François Hollande (il dispose d'un bureau à l'Elysée) affiche encore ses réserves sur la question. Il affirme que la question du bien de l'enfant doit être le principal critère du débat, même si - dit-il - il célébrera des mariages homosexuels si la loi est votée. Et de manièe collective, au sein du Parti Socialiste, seul le mouvement des Poissons Roses, défend des positions divergeantes sur le mariage gay.

Plus d'informations sur DirectMatin.fr à propos du mariage pour tous 

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