Compte de Cahuzac : Moscovici se défend d'avoir su, la droite l'attaque

Pierre Moscovici le 11 avril 2013 au ministère de l'Economie à Paris [Bertrand Guay / AFP] Pierre Moscovici le 11 avril 2013 au ministère de l'Economie à Paris [Bertrand Guay / AFP]

Le ministre de l'Economie Pierre Moscovici a dû se défendre jeudi d'avoir su dès décembre que JérômeChauzac avait eu un compte en Suisse, mais l'opposition continue à mettre en cause toute sa gestion de l'affaire.

Selon l'hebdomadaire Valeurs actuelles, Pierre Moscovici a su "avant le 31 décembre" que son ministre délégué au Budget avait détenu un compte en Suisse, grâce à une enquête diligentée par l'administration fiscale dès les premiers jours de l'affaire.

Le 7 décembre, trois jours après les révélations du site d'informations Mediapart, raconte jeudi l'hebdomadaire, le ministre de l'Economie et le directeur général des finances publiques Bruno Bézard ont chargé "une quinzaine de fonctionnaires" d'enquêter.

"La réponse parvient, semble-t-il, avant le 31 décembre", dit le journal. "Une réponse fort désagréable pour le ministre délégué au Budget: oui, il a bien détenu un compte en Suisse à l'UBS", poursuit Valeurs actuelles, en précisant: "il semble que ce fameux compte, appelé compte maître ou compte racine, ait recélé plusieurs sous-comptes".

Les présidents UMP des commissions des Finances de l'Assemblée et du Sénat, Gilles Carrez (D) et Philippe Marini, à Bercy le 11 avril 2013 [Bertrand Guay / AFP]
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Les présidents UMP des commissions des Finances de l'Assemblée et du Sénat, Gilles Carrez (D) et Philippe Marini, à Bercy le 11 avril 2013
 

Venus l'après-midi même à Bercy effectuer des "vérifications" après cet article qui ne cite aucune source, les présidents UMP des commissions des Finances de l'Assemblée et du Sénat, Gilles Carrez et Philippe Marini, ont cependant estimé à leur sortie "peu probable qu'une mission ait été diligentée en Suisse".

Ils se sont en revanche dits "pas convaincus" par les réponses que leur a apportées Bruno Bézard sur "les délais", le choix de ne pas interroger Singapour où Jérôme Cahuzac a transféré son argent comme l'affirmait Mediapart depuis le début de l'affaire et le fait de ne pas avoir demandé à la Suisse de vérifier dans l'ensemble des établissements bancaires helvétiques et non seulement chez UBS s'il y avait détenu un compte.

"On n'est pas arrivés au bout du chemin, on va encore parler de la situation fiscale du Dr Cahuzac", a déclaré Philippe Marini à sa sortie de Bercy, jugeant qu'une "pression croissante" s'exerçait sur Pierre Moscovici.

Selon Gilles Carrez, l'ancien ministre avait été prié mi-décembre par le fisc de déclarer s'il avait un compte en Suisse. Or, note le député, M. Cahuzac n'a jamais répondu, laissant s'écouler les trente jours impartis par la loi.

Pierre Moscovici et Jérôme Cahuzac le 20 mars 2013 à Paris [Eric Piermont / AFP/Archives]
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Pierre Moscovici et Jérôme Cahuzac le 20 mars 2013 à Paris
 

"Nous sommes fondés à penser que Jérôme Cahuzac a gagné du temps et que les autorités politiques dont il dépendait, Pierre Moscovici, mais peut-être plus haut encore, ne l'ont pas suffisamment incité à laisser partir le plus vite possible la demande d'information à la Suisse", a déclaré M. Carrez.

Cette demande officielle a finalement été envoyée le 24 janvier. Selon les deux parlementaires, le patron du fisc affirme avoir eu son premier contact avec le fisc suisse seulement la veille. "Il serait assez invraisemblable qu'il n'y ait pas eu de contact préalable", a estimé M. Marini.

"Il nous a été dit, ce que nous avons un tout petit peu de peine à admettre, qu'il y aurait très peu ou pas de notes" sur l'ensemble du dossier, ont aussi regretté MM. Carrez et Marini.

Pierre Moscovici le 11 avril 2013 au ministère de l'Economie à Paris [Bertrand Guay / AFP]
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Pierre Moscovici le 11 avril 2013 au ministère de l'Economie à Paris
 

Pierre Moscovici a immédiatement déclaré que les deux parlementaires n'avaient "trouvé aucun élément" l'accablant. Quelques heures auparavant, il s'était défendu par communiqué puis au Sénat d'avoir jamais été au courant de l'existence d'un compte jusqu'aux aveux, le 2 avril, de M. Cahuzac.

Reprochant à l'opposition de "vouloir réécrire l'histoire a posteriori", il l'a appelée à ne pas "transformer la faute d'un homme en attaque contre un gouvernement, contre un ministre intègre".

M. Moscovici a dénoncé les "allégations" d'un hebdomadaire "à droite, très à droite, très très à droite". "Je veux dire ici avec la plus grande force, la plus grande fermeté, que ces allégations sont mensongères, que je vous les démens", a-t-il insisté.

"Ils sont étonnamment réactifs", grinçait jeudi une source gouvernementale, à propos de la diligence des deux présidents de commission. "Comme on l'a vu lors des questions au gouvernement hier (mercredi), l'UMP n'a plus beaucoup de cartouches, c'est un moyen de prolonger ce feuilleton politicien", a-t-elle affirmé.

 
 

Depuis les aveux de l'ex-ministre, l'opposition a fait de Pierre Moscovici sa cible privilégiée, l'accusant de n'avoir pas tout fait pour savoir la vérité dès l'apparition d'un soupçon.

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