Bettencourt: un parquetier avait conclu au renvoi de Woerth devant le tribunal

Le procureur de la République de Bordeaux, Claude Laplaud, le 26 juin 2012 [Jean-Pierre Muller / AFP/Archives] Le procureur de la République de Bordeaux, Claude Laplaud, le 26 juin 2012 [Jean-Pierre Muller / AFP/Archives]

L'analyse d'un magistrat du parquet de Bordeaux en charge du volet "trafic d'influence" de l'affaire Bettencourt, concernant l'ex-ministre Eric Woerth, concluait à un renvoi devant le tribunal correctionnel, et non aux réquisitions de non-lieu finales, selon une information du Monde publiée mercredi, et confirmée de source judiciaire.

Le 10 mai, le procureur de la République Claude Laplaud, a signé un communiqué de presse annonçant ces réquisitions de non-lieu, qui concernent aussi Patrice de Maistre, ancien homme de confiance de Liliane Bettencourt. Ils sont soupçonnés, le second d'avoir fourni un travail à l'épouse du premier, dans une des sociétés de Liliane Bettencourt, en échange d'une Légion d'Honneur en 2007.

La magistrate du parquet de Bordeaux initialement en charge de cet aspect de l'affaire avait conclu à un renvoi devant le tribunal, fin avril. Mais le procureur général près la Cour d'appel de Bordeaux, André Ride, aurait alors, selon le Monde, fait savoir à M. Laplaud, dont il est le supérieur hiérarchique, que "les conclusions de la vice-procureure ne lui convenaient pas".

Le quotidien relève que M. Ride a été le conseiller justice de l'UMP Alain Juppé à Matignon, en 1995, occasion au cours de laquelle il aurait côtoyé brièvement M. Woerth, alors conseiller parlementaire du Premier ministre. Le Monde observe aussi que, selon le Code de procédure pénale, "le procureur général peut enjoindre aux procureurs de la République (...) d'engager des poursuites", mais pas d'y mettre fin.

M. Ride a confirmé mercredi à l'AFP que l'analyse de la magistrate "n'a pas convaincu" ses supérieurs. Mais "je n'ai pas donné d'instructions à Monsieur Laplaud", a-t-il soutenu, les réquisitions de non-lieu finales étant simplement issues, selon lui, de "discussions juridiques" entre magistrats responsables du parquet général et du parquet de Bordeaux.

Interrogé par ailleurs sur le rapprochement possible entre son ancien poste à Matignon et son analyse concernant M. Woerth, il a indiqué qu'il ne souhaitait faire "aucun commentaire sur ce genre d'allégations".

Il a confirmé une autre information du Monde : les trois juges d'instruction en charge de l'affaire Bettencourt, qui doivent encore rendre la décision finale dans cet aspect de trafic d'influence, ont écrit au président de la Chambre de l'instruction et à la présidente de la Cour d'appel de Bordeaux, pour dénoncer une "pression" de M. Laplaud, dans la manière inhabituellement argumentée dont il justifie publiquement ses réquisitions de non-lieu.

"Il y a une différence entre exprimer un point de vue juridique et faire pression sur les magistrats instructeurs", a remarqué M. Ride.

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