Affaire Tapie: deuxième journée d'audition pour Christine Lagarde devant la CJR

Christine Lagare à la sortie  de la Cour de justice de la République le 23 mai 2013 à Paris [Jacques Demarthon / AFP] Christine Lagare à la sortie de la Cour de justice de la République le 23 mai 2013 à Paris [Jacques Demarthon / AFP]

Christine Lagarde revient ce vendredi devant les magistrats de la Cour de justice de la République (CJR) s'expliquer sur le règlement du litige avec Bernard Tapie après la vente d'Adidas, une deuxième journée d'audition cruciale pour l'avenir politique de la patronne du FMI.

Mme Lagarde, ministre de l'Economie de 2007 à 2011, a déjà été entendue pendant 12 heures jeudi sur son rôle dans la décision de s'en remettre à un tribunal arbitral qui a octroyé 403 millions d'euros, intérêts compris, à l'homme d'affaires en juillet 2008.

Les magistrats de la Commission d'instruction de la CJR pourront décider, après cette audition, de placer la patronne du FMI sous le statut de témoin assisté, ou de la mettre en examen pour "complicité de faux et de détournement de fonds publics".

La patronne du Fonds monétaire international (FMI) se présente vendredi à cette nouvelle journée d'audition forte du soutien du gouvernement, du FMI et du Premier ministre de l'époque, François Fillon. Le conseil d'administration du FMI "a été informé de cette affaire, y compris récemment, et continue d'exprimer sa confiance dans les capacités de la directrice générale à assumer efficacement ses fonctions", a dit jeudi un porte-parole.

Le ministre de l'Economie Pierre Moscovici et la directrice générale du FMI Christine Lagarde à Bruxelles le 24 mars 2013 [John Thys / AFP/Archives]
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Le ministre de l'Economie Pierre Moscovici et la directrice générale du FMI Christine Lagarde à Bruxelles le 24 mars 2013

M. Fillon a apporté "tout son soutien" à Mme Lagarde.

L'ex-ministre de l'Economie a toujours justifié le choix de l'arbitrage par la volonté de mettre fin à une procédure, selon elle longue et coûteuse. Fin janvier, la directrice du FMI a réaffirmé que ce choix était "la meilleure solution à l'époque".

Le choix d'un arbitrage, décidé dans son principe quand Jean-Louis Borloo était ministre de l'Economie en mai 2007, a été entériné par Christine Lagarde en septembre/octobre 2007 par des instructions écrites données aux représentants de l'Etat dans le conseil d'administration de l'EPFR.

L'EPFR est l'entité publique contrôlant le Consortium de réalisation,(CDR) la structure gérant le passif du Crédit Lyonnais qui a payé l'indemnisation de M. Tapie.

Interrogée par les députés en 2008, elle avait répété avoir pris elle-même cette décision tout comme celle de ne pas former un recours contre cet arbitrage. Il s'agissait, selon elle, d'une décision prise sans ordre de Nicolas Sarkozy à l'Elysée.

Pourtant, au printemps 2011, le procureur général de la Cour de cassation, à l'époque Jean-Louis Nadal, avait saisi la CJR, n'épargnant pas Mme Lagarde.

Il lui reprochait d'avoir recouru à un arbitrage privé alors qu'il s'agissait de deniers publics, d'avoir eu connaissance de la partialité de certains juges arbitres et d'avoir fait modifier le protocole initial pour y intégrer la notion de préjudice moral - ce qui avait permis aux époux Tapie de toucher 45 millions d'euros.

Il avait aussi épinglé le choix de ne pas avoir exercé de recours contre cet arbitrage controversé, alors que plusieurs spécialistes l'y avaient encouragée.

Mercredi, le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, a déclaré que le gouvernement envisageait un recours contre la décision d'arbitrage, en fonction des développements de l'enquête.

L'ancien directeur de cabinet de Mme Lagarde, Stéphane Richard, a suggéré que c'était la personnalité de Bernard Tapie qui nourrissait la controverse. Selon lui, un recours se justifiera seulement s'il y a eu une "fraude, une magouille".

Parallèlement, le rôle d'autres personnalités - hauts fonctionnaires, membres des cabinets ministériels - dans cette arbitrage est au coeur d'une enquête conduite par trois juges d'instruction à Paris.

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