Manuel Valls se rend en Corse, qui reste en proie à la violence

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, quitte le palais de l'Elysée, le 29 mai 2013 à Paris [Eric Feferberg / AFP/Archives] Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, quitte le palais de l'Elysée, le 29 mai 2013 à Paris [Eric Feferberg / AFP/Archives]

Economie et sécurité seront au programme du troisième déplacement en Corse, lundi et mardi, du ministre de l'Intérieur Manuel Valls, dont les récentes déclarations évoquant une violence "enracinée dans la culture" locale ont suscité de vives réactions.

Le député UMP Laurent Marcangeli a déjà prévenu qu'il ne se rendrait pas à la rencontre prévue avec les élus à Ajaccio, réclamant "des excuses". La région "a très mal vécu ces propos", avait dit le parlementaire à l'Assemblée nationale le 21 mai, s'attirant une vive réplique du ministre: "Oui en Corse, il y a une violence! Oui en Corse, il y a plus d'armes par habitant que dans le reste du pays! Oui en Corse le taux d'assassinats est plus élevé qu'en Sicile ! Oui en Corse, il y a des gens qui ne veulent pas parler parce qu'ils ont peur!"

Ce discours de fermeté a suscité sur son blog une tribune cinglante d'une figure du nationalisme corse, Edmond Simeoni, selon qui le ministre "ensemence, avec constance, dureté et une grande inconscience, la radicalisation insulaire et le rejet de la France".

Aux élus mais aussi à la population, Manuel Valls devrait toutefois répéter le message envoyé depuis son arrivée place Beauvau: "Ouvrez les yeux, parlez et soutenez la politique du gouvernement pour mettre fin à la violence et à la mafia en Corse!". Une "mafia" qui "gangrène la Corse", une violence qui "affecte (son) développement économique et social" selon lui.

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls (c), quitte un poste de police, le 15 novembre 2012 à Ajaccio [Pascal Pochard-Casabianca / AFP/Archives]
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Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls (c), quitte un poste de police, le 15 novembre 2012 à Ajaccio

Le ministre signera d'ailleurs la troisième tranche de 537 millions d'euros du plan exceptionnel d'investissement (PEI) entamé en 2003, d'un montant global de deux milliards d'euros sur 15 ans, pour financer des infrastructures, des services collectifs et mettre en valeur l'espace régional.

Et à l'Intérieur, on juge que cette politique économique porte ses fruits: "La Corse a décollé, elle n'est plus la région la plus pauvre de France."

Un "effort colossal" de l'avis du président radical de gauche (PRG) du Conseil exécutif de Corse Paul Giacobbi.

Avant sa première visite en novembre quand il était venu annoncer avec Christiane Taubira des mesures contre la criminalité, un sondage avait montré qu'il y était plus attendu sur le développement économique que sur le banditisme.

La très mauvaise herbe de la criminalité

Mais durant sa visite, à Bastia et Ajaccio, Manuel Valls sera surtout ramené à sa condition d'homme de Beauvau.

Vendredi, un homme considéré comme proche du "milieu" a été abattu, déjà le 11e homicide de l'année sur cette île de 310.000 habitants. En 2012, 19 homicides avaient été comptabilisés, dont ceux de notables comme l'avocat Antoine Sollacaro ou le président de la chambre de commerce et d'industrie d'Ajaccio Jacques Nacer.

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, en visite le 30 mai 2013 à Gujan-Mestras [Nicolas Tucat / AFP]
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Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, en visite le 30 mai 2013 à Gujan-Mestras

Des homicides souvent liés au banditisme, à ce que M. Giacobbi décrit comme "la très mauvaise herbe" de la criminalité "en train de prendre racine", même si l'élu se félicite de "progrès" citant l'arrestation de suspects dans l'assassinat de Me Sollacaro.

L'attentat récent contre le Groupement d'intervention régional (Gir) près d'Ajaccio, prouverait, pour l'Intérieur, que le travail des enquêteurs gêne les délinquants en Corse, où, relève-t-on, 50 personnes ont été interpellées depuis le début de l'année dans des affaires de grande criminalité.

Il n'y a pas que le banditisme susceptible de préoccuper Manuel Valls. L'interpellation de plusieurs hommes dans une enquête sur un attentat contre la sous-préfecture de Corte (Haute-Corse) a provoqué deux soirs de violences cette semaine à Bastia.

Après les critiques contre le gouvernement pour ne pas avoir signé la charte européenne des langues régionales, Manuel Valls devrait également être amené à intervenir sur la récente décision de l'Assemblée de Corse d'instaurer la coofficialité de la langue corse et du français.

Si ce vote devrait être frappé d'inconstitutionnalité, il marque aux yeux de beaucoup, la volonté de rouvrir le débat institutionnel, ce que Manuel Valls se garde de faire depuis un an. "La Corse, c'est la France. Ceci ne changera jamais!", avait-il dit le 6 février, lors d'un hommage au préfet Claude Erignac.

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