EDF : le gouvernement contre les hausses

Des pylones électriques d'EDF dans l'est de la France [Jean-Christophe Verhaegen / AFP/Archives] Des pylones électriques d'EDF dans l'est de la France [Jean-Christophe Verhaegen / AFP/Archives]

La Commission de régulation de l'énergie (CRE) a prévenu mercredi qu'il fallait augmenter fortement les tarifs de l'électricité pour couvrir l'envolée des coûts d'EDF liés notamment au parc nucléaire, ce que le gouvernement a aussitôt rejeté au nom de la défense du pouvoir d'achat.

A la demande de la ministre de l'Ecologie et de l'énergie Delphine Batho, le régulateur des marchés français de l'électricité et du gaz a mené pour la première fois une analyse approfondie des coûts de production et de commercialisation de l'électricien public.

Il en ressort que les coûts d'EDF augmentent beaucoup plus que l'inflation et encore plus que ne l'avait anticipé la CRE. Cette tendance devrait se prolonger dans les années qui viennent et nécessite, selon la Commission, d'importantes augmentations tarifaires, la loi prévoyant que les tarifs réglementés couvrent les coûts de l'opérateur historique.

Selon les calculs du régulateur, publiés mercredi, le tarif bleu d'EDF, destiné aux particuliers, devrait ainsi augmenter cet été de 6,8% à 9,6% (selon que la prolongation du parc nucléaire d'EDF est prise ou non comme hypothèse comptable), puis d'environ 3,2% en 2014 comme en 2015.

De plus, il faudrait rajouter à ces hausses un rattrapage de 7,6% (qui pourrait être étalé dans le temps) afin de compenser la hausse nettement insuffisante de ce même tarif l'an dernier.

Le gouvernement Ayrault avait décidé l'an dernier de limiter à 2% la hausse annuelle des tarifs réglementés de l'électricité, bien moins que ce préconisait la CRE, et celle-ci a chiffré à 1,47 milliard d'euros l'écart l'an dernier entre les recettes et les coûts réels d'EDF.

Pas acceptable, au nom du pouvoir d'achat

La ministre de l'Ecologie et de l'énergie Delphine Batho, le 5 juin 2013 à Paris [Lionel Bonaventure / AFP]
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La ministre de l'Ecologie et de l'énergie Delphine Batho, le 5 juin 2013 à Paris
 

Mais le gouvernement, qui fixe au final les tarifs réglementés d'EDF, a aussitôt indiqué qu'il n'était pas question d'appliquer immédiatement de telles augmentations cumulées, alors que le pouvoir d'achat des Français est miné par la crise.

"Nous n'envisageons absolument pas de procéder au rattrapage du retard accumulé depuis plusieurs années immédiatement, compte tenu du niveau du pouvoir d'achat des Français", a rapporté au nom du président la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem, après le conseil des ministres, soulignant que ce rapport de la CRE "est une contribution sur laquelle nous allons travailler".

"Il y a un problème de coût de production de l'électricité qui augmente, mais il y a aussi un problème de pouvoir d'achat pour les Français", et "en l'état du pouvoir d'achat, il n'est pas question d'accepter une telle hausse cumulée", a assuré de son côté Delphine Batho à l'AFP, affirmant que la révision annuelle des tarifs d'EDF, qui sera décidée en juillet, tiendrait compte de ces paramètres.

"La CRE réévalue a posteriori de façon significative certains coûts" et le gouvernement "n'envisage pas de procéder au rattrapage du retard accumulé depuis plusieurs années immédiatement compte tenu de la situation du pouvoir d'achat", a également indiqué la ministre dans un communiqué commun avec son collègue aux Finances, Pierre Moscovici.

Najat Vallaud-Belkacem, la  porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem, le 3 juin 2013 à Paris [Fred Dufour / AFP]
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Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem, le 3 juin 2013 à Paris
 

La CRE, elle, estime que les augmentations qu'elle évoque sont dans la lignée des prévisions qu'elle avait déjà émises ces dernières années. Elle avait ainsi confirmé en février tabler sur une progression de 30% des tarifs réglementés d'EDF de 2012 à 2017.

"Nous sommes exactement dans les clous des 30%, c'est même plutôt un peu plus", a souligné le président de la CRE, Philippe de Ladoucette, en présentant ces données à des journalistes.

De telles hausses, d'après le régulateur, sont nécessaires pour couvrir la progression nettement supérieure à l'inflation des charges d'EDF, et notamment ses dépenses croissantes pour entretenir et renforcer la sûreté du parc nucléaire hexagonal, mis en service entre 1975 et 1995.

La CRE estime que les coûts de l'électricien historique ont augmenté entre 2007 et 2012 de 5,1% par an en moyenne pour les charges fixes et variables, de 2,9% pour les charges de capital, et de 6,3% pour les coûts commerciaux. Alors que sur cette période, l'inflation était en moyenne inférieure à 2% par an.

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