L'homicide volontaire retenu pour la mort de Clément Méric

Manifestation en hommage à Clément Méric le 8 juin 2013 à Paris [Lionel Bonaventure / AFP]

Une information judiciaire pour "homicide volontaire" a été ouverte samedi visant le principal suspect, Esteban, dans l'enquête sur la mort du jeune militant d'extrême gauche Clément Méric, provoquée par les coups reçus lors d'une rixe avec des skinheads à Paris.

Quelques milliers de personnes ont commencé à défiler samedi après-midi à Paris en hommage au jeune militant d'extrême gauche Clément Méric, décédé après avoir été violemment frappé lors d'une bagarre avec des skinheads dans la capitale.

"Cet assassinat est politique" et "la montée de l'extrême droite actuelle est une réalité, elle n'est pas fantasmée", a déclaré à la tête du cortège Olivier, l'un des membres du groupe Action anti-fasciste Paris-Banlieue auquel appartenait le jeune homme tué.

Serge Ayoub, responsable des Jeunesses  Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR)  le 7 juin 2013 à Paris [Fred Dufour / AFP]
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Serge Ayoub, responsable des Jeunesses Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) le 7 juin 2013 à Paris
 

L'ouverture de cette instruction par le procureur de la République de Paris François Molins a été suivie par l'annonce par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault de la décision "d'engager immédiatement" une procédure de dissolution du groupuscule d'extrême droite Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR).

Selon une source policière, les JNR, composées de 20 à 30 militants, sont présentées comme le service d'ordre du mouvement d'extrême droite radicale Troisième Voie, deux structures dirigées par Serge Ayoub, l'ancien chef des skinheads parisiens. Ce dernier a d'ailleurs été entendu vendredi par les enquêteurs.

Les cinq personnes qui sont présentées samedi à un juge d'instruction ont toutes "reconnu être sympathisantes du mouvement ultranationaliste Troisième Voie", a assuré le procureur de la République de Paris. Seule Katia a "reconnu être adhérente" du mouvement, Esteban, le principal suspect, affirmant lui "n'avoir été encarté que 6 mois".

François Molins le 8 juin 2013 à Paris [Thomas Samson / AFP]
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François Molins le 8 juin 2013 à Paris
 

A l'issue de deux jours d'enquête, le procureur de Paris estime que la mort de Clément Méric procédait bien d'une "intention d'homicide". Le jeune homme est mort des coups reçus au visage et non en raison de sa chute comme l'a révélé l'autopsie, a confirmé samedi le procureur.

A priori, seul Esteban aurait donc porté les coups mortels. Le parquet a requis son placement en détention provisoire, ainsi que pour trois autres personnes visées par une information judiciaire pour "violences volontaires en réunion". Le parquet a requis le placement sous contrôle judiciaire de Katia, la petite amie d'Esteban, visée par une information judiciaire pour "complicité de violences volontaires en réunion".

Les "premières conclusions" de l'autopsie ont démontré, selon le procureur de la République, "qu'il y a eu une "multiplicité" de coups et que "le décès n'est pas dû à un hématome qui aurait été causé par la chute par terre mais aux traumatismes crâno-faciaux occasionnés par les coups de poing portés à la victime".

Suspicions d'usage d'un poing américain

"La force et la violence des coups de poing portés au visage de Clément Méric c'est-à-dire sur une partie du corps particulièrement exposée alors que la victime était physiquement beaucoup moins baraquée, les suspicions d'usage d'un poing américain et enfin la cause de la mort due à plusieurs coups portés et non pas à la chute consécutive" ont convaincu le parquet d'ouvrir une information pour "homicide volontaire", a dit le procureur.

Ni l'enquête jusqu'ici, ni l'autopsie, n'ont permis de confirmer l'utilisation d'un poing américain par Estaban qui soutient "avoir frappé à mains nues" et donné "deux coups", a cependant précisé M. Molins. Toutefois, un témoin, ami de Clément Méric, assure qu'il en portait bien un, et deux poings américains ont été retrouvés chez lui lors de la perquisition à son domicile.

L'enquête réalisée par les enquêteurs du 1er district de police judiciaire a également écarté la thèse du guet-apens.

La présence des deux groupes impliqués dans ce drame à une "vente privée de vêtements de marque anglaise" dans le quartier Saint-Lazare, à Paris, mercredi, "semble totalement fortuite", a expliqué le procureur.

Selon M. Molins, un ami de Clément Méric, militant d'extrême gauche lui aussi présent dans cette salle des ventes, a reconnu et chambré un membre du groupe d'extrême droite, Troisième Voie, venu avec deux autres amis, un garçon et une fille, Katia. Selon le procureur, Esteban les a rejoints quelques temps après.

 
 

Les suspects "prétendent avoir répliqué" aux coups qu'ils disent avoir reçus dans un premier temps, a expliqué le procureur. Il a décrit une "rixe", une "scène de violence avec échange de coups" en s'appuyant sur l'audition de "témoins objectifs", comme deux vigiles de la salle de vente, et des personnes impliquées.

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