Woerth : "Aligner les régimes du public et du privé"

Eric Woerth a mené la précédente réforme des retraites en 2010. Eric Woerth a mené la précédente réforme des retraites en 2010.[Assemblée nationale]

Avant la remise du rapport Moreau sur les retraites, le député UMP de l’Oise Eric Woerth qui mena la précédente réforme explique dans une interview à Direct Matin ce qu’il est prêt à accepter. 

 

Après votre réforme de 2010, pourquoi y a-t-il déjà urgence à lancer à nouveau ce chantier ? 

Le Conseil d’orientation des retraites (Cor) prévoyait, il y a trois ans, un déficit de 40 à 45 milliards d’euros pour 2020, que notre réforme permettait de combler. Le même organisme prévoit aujourd’hui vingt milliards de plus car les rentrées financières n’ont pas été au rythme prévu, du seul fait de la crise : il faut donc une nouvelle réforme pour combler ce nouveau déficit.

 

Est-ce à dire qu’il faudra constamment remettre ce dossier sur la table.

Il est normal d’ajuster les régimes en fonction de la situation démographique et économique, comme nous devons le faire pour le chômage ou l’assurance maladie. La réforme de 2010 prévoyait d’ailleurs un point d’étape cette année. Mais il faut éviter d’en faire des moments de tension et de drame qui donnent l’occasion de tout remettre en cause.

Il faut un cadre clair qui fixe les grandes évolutions à long terme : c’est pourquoi je propose que, après une période de rattrapage d’ici à 2020, la durée de cotisation et l’âge de départ à la retraite soient ensuite indexés sur l’espérance de vie.

 

«L’espérance de vie augmente, il faut travailler plus longtemps». C’est aussi ce que dit le gouvernement mais certains rétorquent que c’est justement parce qu’on travaille moins qu’on vit plus longtemps…

Je note d’abord que le Parti Socialiste a fait sien un discours qu’il contestait énormément il y a trois ans. La certitude c’est qu’on vit plus longtemps et plus longtemps en bonne santé. Ce temps supplémentaire ne peut pas être payé uniquement par les actifs et les jeunes générations.

Ce n’est pas travailler un peu plus longtemps qui nous fera mourir plus tôt, c’est ne pas le faire qui pourrait faire mourir nos régimes de retraite ! J’ajoute que même en augmentant l’âge de départ et la durée de cotisation, on passera plus de temps à la retraite qu’aucune autre génération avant nous.

 

Où faut-il placer le curseur ?

Augmenter seulement la durée de cotisation est insuffisant et ne résout rien à très court terme car ceux qui partent aujourd’hui ont déjà plus que leurs trimestres. Par ailleurs, augmenter uniquement la durée de cotisation pénalise les jeunes qui ont fait des études longues. Il faut donc agir de façon équilibrée à la fois sur la durée et sur l’âge.

En conséquence, je propose de passer en 2020 à 43 ans de cotisation et mettre l’âge légal à 63 ans (contre 41,5 ans et 62 ans aujourd'hui, ndlr). Cela rapporte 15 milliards d’euros.

 

Et où trouvez-vous ce qui manque ?

Une chose est sûre : il ne faut pas réformer le système par une augmentation des ressources, cotisations ou impôts. Avec 14% du PIB consacrés aux retraites, la France détient un record du monde. Nous nous opposerons donc à toute hausse des charges car on ne peut pas dire d’un côté «je les baisse avec le crédit d’impôt compétitivité et de l’autre je les augmente pour les retraites».

 

Quid des fonctionnaires ?

Nous avons entamé l’alignement des régimes du public et du privé, il faut le poursuivre. Nous les avons fait converger sur la durée de cotisation, l’âge de départ, le taux de cotisation, on a supprimé la règle qui voulait qu’on puisse partir à la retraite après 15 ans si on a trois enfants. Aujourd’hui les Français n’acceptent plus qu’il y ait des différences dans les modes de calcul.

 

Vous faites passer les fonctionnaires pour des privilégiés ?

Ce n’est pas ainsi qu’il faut raisonner. Simplement, aujourd’hui il y a des personnes qui, lorsqu’elles travaillent dans le public, touchent de meilleures retraites que dans le privé. Le Cor évoque une différence de 20 à 30% et cette différence s’accélère. Il faut donc y mettre fin et ce n’est pas dire qu’il y a des privilégiés. La règle doit désormais être : à carrière et rémunération égales, retraite égale.

Comme dans le privé, les retraites du public doivent être calculées sur les 25 meilleures années et pas seulement sur les six derniers mois. Cela implique aussi d’intégrer les primes des fonctionnaires car elles font partie de leur rémunération.

En outre, pendant quelques années, pour rattraper l’écart entre public et privé, il faut désindexer les retraites des fonctionnaires et des régimes spéciaux. Je sais que c’est difficile mais ce sont les conditions de justice de base. C’est cela qui permettra d’équilibrer les régimes de retraite et de rétablir la justice entre public et privé.

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