Chômage : le gouvernement mise sur le pacte de responsabilité

Jean-Marc Ayrault le 27 janvier 2014 à Matignon à l'issue d'une réunion avec les partenaires sociaux [Bertrand Guay / AFP] Jean-Marc Ayrault le 27 janvier 2014 à Matignon à l'issue d'une réunion avec les partenaires sociaux [Bertrand Guay / AFP]

Les emplois aidés n'auront finalement pas suffi à inverser la courbe du chômage en 2013: son échec acté, le gouvernement mise désormais également sur le pacte de responsabilité, un nouveau pari face à des prévisions toujours moroses pour 2014.

 

Le ministre du Travail Michel Sapin, dont l'UMP a réclamé la démission, a estimé mardi que si l'inversion promise par François Hollande pour fin 2013 ne s'était pas produite, le gouvernement était à "deux doigts de le faire". Tout en refusant de fixer un quelconque objectif pour 2014.

En décembre, 10.200 nouveaux demandeurs d'emploi sans activité ont été recensés par Pôle emploi en métropole, portant leur nombre au niveau record de 3,3 millions. Un échec cinglant pour le chef de l'Etat qui avait fait de cet "engagement", martelé depuis plus d'un an, son "premier objectif".

Graphique montrant l'évolution mensuelle du chômage de janvier 2010 à décembre 2013 et les indicateurs d'âge et de longue durée [L.Saubadu/A.Bommenel / AFP]
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Graphique montrant l'évolution mensuelle du chômage de janvier 2010 à décembre 2013 et les indicateurs d'âge et de longue durée
 

Comment expliquer cet échec ? Pour Marion Cochard, économiste à l'OFCE, la montée en puissance des emplois aidés, sur laquelle misait l'exécutif, "n'a pas été aussi rapide qu'attendue". "La croissance est très faible depuis début 2013, il ne fallait donc rien attendre du secteur privé, qui a continué à détruire des emplois. Le seul espoir, c'était les emplois aidés, en particulier les emplois d'avenir, mais il n'y en aura finalement pas eu assez", explique-t-elle.

Selon le gouvernement, l'objectif de 100.000 emplois d'avenir, destinés aux jeunes pas ou peu diplômés, a été atteint à la fin de l'année dernière. Toutefois, l'organe statistique du ministère du Travail (Dares), qui recense les embauches effectives, n'en décomptait que 69.000 fin novembre.

Reste que, pour Michel Sapin, endiguer le chômage a court terme est atteignable: "Nous sommes (...) à quelques jours peut-être, à quelques mois" d'inverser la courbe, a-t-il insisté mardi. Le ministère du Travail avait mis en avant lundi un "net mouvement d'amélioration sur l'année" 2013, notamment pour les jeunes.

 

"La France à la traîne de l'Europe"

Marisol Touraine, Jean-Marc Ayrault et Michel Sapin le 27 janvier 2014 à Matignon  lors d'une réunion avec les partenaires sociaux [Bertrand Guay / Pool/AFP]

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Marisol Touraine, Jean-Marc Ayrault et Michel Sapin le 27 janvier 2014 à Matignon lors d'une réunion avec les partenaires sociaux
 

Le pacte de responsabilité proposé aux entreprises par le président de la République va permettre de "changer de braquet" dans la lutte contre le chômage, a renchéri mardi la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine.

C'est là tout le pari de l'exécutif: Michel Sapin a déjà prévenu qu'il continuerait à mobiliser sa "boîte à outils" (340.000 emplois aidés classiques, 50.000 emplois d'avenir supplémentaires, 100.000 formations d'urgence pour les chômeurs, contrat de génération), en attendant que "la croissance prenne le relais mi-2014", notamment grâce à ce pacte censé réveiller la confiance des entrepreneurs, et donc la croissance.

Sur le front de la croissance économique, 2014 s'annonce sous de meilleurs auspices. Le gouvernement pense que la France peut faire "plus de 1%" et les organismes internationaux tablent sur une fourchette allant de 0,8 à 1,1%.

Ces chiffres sont toutefois insuffisants pour faire baisser le chômage. Les économistes estiment qu'environ 1,5% est nécessaire pour inverser la tendance. Conséquence: aucun organisme ne prédit d'embellie cette année. Pour l'Insee, le chômage devrait continuer à grimper pour atteindre 10,6% (11% avec les Dom) fin juin. Selon l'Unédic, 63.200 demandeurs d'emploi sans activité supplémentaires devraient encore pousser la porte de Pôle emploi.

Pour Philippe Waechter, économiste en chef chez Natixis, alors que l'Allemagne et la Grande-Bretagne voient leur situation s'améliorer, "la France reste à la traîne de l'Europe en terme de dynamique de croissance, et donc d'emploi". "Ce n'est pas parce qu'on passe en 2014 que la dynamique va tout à coup devenir plus favorable," dit-il.

Mardi, le président (UMP) de la commission des finances de l'Assemblée, Gilles Carrez, a jugé que les dispositifs créés par le gouvernement en faveur de l'emploi ne produiront pas d'effets "avant 2016".

Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche, a lui dénoncé des mois de "bricole" et de "diversion" de l'exécutif et assuré que la situation allait empirer.

Pour le numéro un de Force ouvrière Jean-Claude Mailly, la "fuite en avant libérale" du gouvernement "risque de détruire" encore plus d'emplois.

 

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