La menace populiste plane

Marine Le Pen, la présidente du Front National français et Geert Wilders, dirigeant du Parti de la Liberté (PVV) néerlandais, en conférence de presse commune à La Haye le 13 novembre 2013 [Jan Hennop / AFP/Archives]

Inquiétude à dix jours des élections européennes. Les vingt-huit Etats membres de l’Union vont voter du 22 au 25 mai. Le poids des extrêmes pourrait se confirmer dans les urnes.

 

"Moins ! Moins ! Moins !" Ce slogan était scandé par les partisans du parti hollandais PVV, ou Parti pour la liberté, après les municipales de mars dernier. Et ces derniers ne réclamaient pas moins d’impôts ou moins de chômage, mais moins de Marocains aux Pays-BasDes propos xénophobes éloignés de l’idée de l’Europe unie que prônent les grands partis du continent.

Et pourtant, le «petit» parti populiste de Geert Wilders est actuellement crédité de 16,4 % des intentions de vote pour les européennes qui vont se dérouler dans l’Union du 22 au 25 mai. Un score comparable aux autres partis du même genre en Europe, en France ou en Hongrie notamment, qui basent leur politique sur la défense du nationalisme, le rejet de l’Europe, de ses institutions et un repli sur soi.

 

Euroscepticisme et xénophobie

Actuellement, le Parlement européen compte environ 10 % de populistes. A en croire la plupart des sondages, leur part pourrait doubler après le 25 mai. Parmi eux, on devrait retrouver des élus du Front national qui, en France, réclament la sortie de l’euro et la maîtrise des frontières.

Des chevaux de bataille que défendent aussi la plupart de leurs équivalents européens, comme le PiS en Pologne. D’autres, à l’image d’Aube dorée en Grèce ou d’Ataka en Bulgarie, se placent encore plus à l’extrême droite sur l’échiquier politique et affichent même une symbolique ouvertement nazie ou fasciste sur leurs drapeaux.

Mais la «montée des populismes» ne s’explique pas seulement par un rejet de l’autre. Pour Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert-Schuman, elle a une source économique et constitue une réponse à «l’absence de réponse politique satisfaisante à la mondialisation», après des années de crise, d’austérité et de chômage de masse. C’est donc également «l’occasion de sanctionner les équipes au pouvoir».

«C’est à la fois un vote protestataire, anti-élites, anti-Europe», résume Nathalie Brack, du Centre d’études de la vie politique à l’Université libre de Bruxelles.

 

Une influence directe ?

Une fois élus, les populistes comptent  évidemment réussir à peser. «On va pouvoir constituer une minorité de blocage au Parlement et empêcher l’UE d’aller encore plus loin dans ses dérives ultralibérales», espère la présidente du FN, Marine Le Pen.

Mais pour cela, elle devra s’entendre avec des partis qui, s’ils partagent certaines idées, restent très différents. L’Ukip britannique refuse ainsi de se rapprocher du FN, estimant que l’antisémitisme «reste inscrit dans l’ADN» du parti.

«Cela serait triste si nous ne sommes pas capables de travailler ensemble», a estimé hier Geert Wilders. La montée populiste pourrait également avoir un effet indirect sur les partenaires de l’Europe, se traduisant par moins d’échanges.

En revanche, les retombées les plus concrètes devraient être pour les partis eux-mêmes. Une «victoire» leur accorderait plusieurs millions d’euros ainsi que des avantages en nature (personnels, logements, etc.) afin d’asseoir leur présence et leur importance sur le plan national.

Reste une inconnue : face à la menace grandissante, les grands partis pro-européens pourraient se liguer pour afficher une entente de circonstance et limiter l’influence des populistes.

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