Montebourg, électron incommode de la famille socialiste

Arnaud Montebourg à la sortie du Conseil des ministres le 20 août 2014 à l'Elysée à Paris [Patrick Kovarik / AFP/Archives] Arnaud Montebourg à la sortie du Conseil des ministres le 20 août 2014 à l'Elysée à Paris [Patrick Kovarik / AFP/Archives]

Critiqué pour son arrogance jusque dans son camp, Arnaud Montebourg, 51 ans, aux commandes depuis le printemps d'un grand pôle ministériel économique, n'a cessé au cours de sa carrière politique de multiplier les coups d'éclat, avec des fortunes diverses.

Le bouillant ministre de l'Economie, du Redressement productif et du Numérique, connu pour ses talents de tribun, a été sévèrement rappelé à l'ordre dimanche par l'entourage de Manuel Valls pour ses propos très critiques contre la ligne économique du gouvernement.

Ce n'est pas la première fois que cet avocat de métier, à la prestance naturelle et au physique avantageux, agace au sein de son propre camp. Au PS, certains critiquent depuis longtemps ce "prêcheur de morale", ses "outrances dans l'attaque".

Et l'opposition n'est pas tendre avec celui qui doit éviter de voir son mandat ministériel se réduire à gérer les fermetures d'usines. "Il s'exprime avec tellement d'arrogance, donnant des leçons à la terre entière...", a estimé François Fillon.

Le ministre de l'économie Arnaud Montebourg, le 24 août 2014 à la Fête de la Rose à Frangy-en-Bresse  [Jeff Pachoud / AFP]
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Le ministre de l'économie Arnaud Montebourg, le 24 août 2014 à la Fête de la Rose à Frangy-en-Bresse

Arnaud Montebourg avait assuré en juin dernier "être bien" au sein du gouvernement, après un article du Nouvel Observateur lui prêtant l'intention d'une prochaine démission. "Il y a beaucoup de gens qui veulent que je démissionne et depuis longtemps", avait-il ironisé, attribuant ces rumeurs "à tous ceux" que son interventionnisme - ou ses philippiques - agace.

En 2011, il a comparé la chancelière allemande Angela Merkel à l'autoritaire chancelier prussien Bismarck. "Bruxelles ? Des connards", a-t-il affirmé au Monde magazine en 2013. Il s'est vanté d'en "avoir mis une" à Lakshmi Mittal, patron du géant sidérurgique, ArcelorMittal.

- Le "Flanby", signé Montebourg -

Il explosa un jour devant l'ex Premier ministre Jean-Marc Ayrault alors que ce dernier écartait l'idée d'une nationalisation des hauts-fourneaux en Lorraine : "Tu gères la France comme le conseil municipal de Nantes". M. Valls avait alors indiqué que, Premier ministre, il n'aurait "sans doute" pas gardé un tel ministre à son poste.

Né le 30 octobre 1962 à Clamecy (Nièvre), ce grand admirateur de Gambetta, fils d'un boucher et d'une professeure aux origines algériennes, se fait connaître comme avocat en menant bataille contre Alain Juppé dans l'affaire de son appartement de la Ville de Paris en 1995.

Arnaud Montebourg et Francois Hollande le 23 juillet 2014 à l'Elysée à Paris [Bertrand Guay / Pool/AFP/Archives]
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Arnaud Montebourg et Francois Hollande le 23 juillet 2014 à l'Elysée à Paris

Militant actif du PS depuis 1981, élu député de Saône-et-Loire en 1997 (puis président du conseil général en 2008), il tente en vain, en 2001, en pleine cohabitation, de faire comparaître Jacques Chirac devant la Haute cour de justice.

Avec Vincent Peillon, il fonde le Nouveau Parti socialiste (NPS). Leur courant obtient près de 17% des voix au Congrès de Dijon de 2003, avec un mot d'ordre: la VIe République, et plus de pouvoir au Parlement. Il vote "non" à la Constitution européenne en 2005.

Porte-parole pour la présidentielle 2007 de Ségolène Royal, il est suspendu un mois de... parole : il a dit que le seul défaut de la candidate socialiste était son compagnon, un certain François Hollande. C'est lui aussi qui surnomma le président actuel de "Flanby".

En 2011, lors des primaires socialistes pour la présidentielle (dont il fut un des théoriciens), il se hisse à la troisième place en axant sa campagne interne, très à gauche, sur la "démondialisation", soit, selon ses adversaires, un néo-protectionnisme qui ne dit pas son nom. Il tient alors un discours virulent à l'égard du patronat, allant jusqu'à dire que Lakshmi Mittal n'était pas le bienvenu en France ou à s'en prendre à Philippe Varin, la patron de PSA.

"Dans une période de crise et d'affaissement, on me reprocherait mon inaction, mon silence", se défend l'intéressé, en appelant au patriotisme économique. Depuis 2012, il a endossé, avec un certain succès, au moins médiatique, la marinière pour soutenir le "made in France" et a enfilé le costume-cravate de ministre pour défendre avec fougue l'industrie nationale. Il a ainsi pris fait et cause pour les industriels dans le débat brûlant sur le gaz de schiste, s'attirant les foudres des écologistes et, à nouveau, de M. Ayrault.

Séparé, père de deux enfants, Arnaud Montebourg a été le compagnon de la journaliste Audrey Pulvar.

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