Chrétiens d'Orient : Pécresse appelle à la "mobilisation interreligieuse"

Valérie Pécresse visite le camp de Baharka avec le responsable du HCR lors de son voyage au Kurdistan les 2 et 3 septembre. [DR]

Face à la situation des minorités chrétiennes en Syrie et en Irak, la députée des Yvelines a pris la coprésidence du groupe d’études sur les chrétiens d’Orient à l’Assemblée Nationale, officiellement constitué le 17 septembre. Fort de 111 membres, c’est le troisième groupe d’études du Palais Bourbon.

 

Quelle est l’origine de votre démarche ?

Il y a plus d'un an, j'ai été sensibilisée à la question par la coordination des "Chrétiens d'Orient en danger" présidée par Patrick Karam. Puis en juin dernier, dans le cadre des déplacements en immersion que j’effectue régulièrement en Ile-de-France, j’ai rencontré des représentants des chrétiens d’Irak, en particulier ceux de l’église assyro-chaldéenne de Sarcelles bouleversés par les persécutions infligées à leurs semblables dans les zones dont l’Etat Islamique prenait le contrôle en Irak et en Syrie.

 

D’où la mise en place de ce groupe d’études ?

Compte-tenu de la dimension du problème, il aurait dû s’agir d’une mission parlementaire, mais un groupe d’opposition ne peut en être à l’origine. En dépit de résistances nombreuses, avec Véronique Besse (députée de la Vendée et coprésidente du groupe, NDLR), nous avons réussi à le mettre en place et à réunir 122 députés, toutes tendances confondues, à l’exception de représentants des groupes EELV et communiste.

 

Concrètement, qu’allez-vous entreprendre ?

Dans les différents départements des membres du groupe, nous allons monter des mobilisations interreligieuses pour drainer des fonds et des ressources pour les minorités persécutées en Syrie et en Irak. Lundi à Versailles, avec François de Mazières (député-maire de Versailles, NDLR), j'organiserai une réunion aux cotés des représentants des cultes catholique, juif, musulman et protestant. En l’occurrence Mgr Eric Aumônier, Samuel Sandler, Mohamed Ould Kherroubi et Philippe Grand d’Esnon.

 

Au-delà de la protection des personnes, vous êtes aussi préoccupée par les atteintes au patrimoine culturel…

L’Œuvre d’Orient nous a en effet sensibilisés au pillage à grande échelle conduit par les terroristes dans les édifices religieux chrétiens. Au-delà du vandalisme pur et dur, certains des bien pillés sont vendus sur des circuits clandestins pour financer le terrorisme. Je souhaite que ces forfaits soient considérés comme des crimes imprescriptibles à l’échelle mondiale, une sorte de « crime culturel contre l’humanité ».

 

Quelle solution préconisez-vous à l’échelle locale ?

Lorsque je me suis rendue au Kurdistan, à Erbil et dans les camps alentour au début du mois, les premiers réfugiés que j'ai rencontrés ont demandé des visas pour venir en France. Mais beaucoup plus nombreux étaient ceux qui souhaitaient pouvoir retourner chez eux sous protection militaire. Je suis donc très favorable à l’armement des forces kurdes, à la poursuite des frappes aériennes et à la mise en place à terme d’une force de protection multinationale.

 

 

Sur le théâtre syrien, faut-il composer avec Bachar al-Assad comme certaines voix commencent à le préconiser ?

Nous voudrions surtout avoir une vision claire sur la nature réelle de l’action de la France en Syrie depuis deux ans, comme François Fillon vient de le demander à Manuel Valls. Quelles armes a t-on livrées sur place ? Ces armes se sont-elles retrouvées dans les mains des terroristes de l’Etat Islamique ? Il me paraît établi que nous allons devoir intervenir en Syrie, mais cela ne peut se faire que sous mandat international.

 

Pour revenir à la France, cette mobilisation soudaine ne relève t-elle pas de l’effet de mode alors que les persécutions durent depuis des années, et pas que dans cette région ?

Je n’ai pas attendu la constitution de ce groupe pour m’intéresser à la question puisque l’attaque sanglante contre une église d’Alexandrie en janvier 2011 m’avait fortement sensibilisée. Concernant la mobilisation actuelle, je ne crois pas qu’il s’agisse d’un effet de mode, mais plutôt d’une prise de conscience, d’une volonté de défendre une certaine idée de la France  qui doit défendre la liberté d'opinion, de conscience, partout dans le monde.

 

Défense des valeurs de la République, des droits de l’homme,… mais aussi solidarité culturelle et civilisationnelle ?

Il est évident que le modèle français puise dans des racines judéo-chrétiennes très profondes et que le sort des chrétiens d’Orient nous touche plus particulièrement, même si nous nous attachons à défendre toutes les minorités persécutées. Aujourd'hui le groupe réunit de fortes personnalités du Parti Socialiste et je regrette que nous ne comptions, jusqu'à présent, aucun député écologiste et communiste. En Irak et en Syrie, les chrétiens sont devenus l'un des symboles de la résistance au terrorisme international.

 

Quand Haïm Korsia, le Grand Rabbin de France, dresse un parallèle entre le sort des chrétiens d’Orient aujourd’hui et celui des Juifs d’Europe dans les années 30, trouvez-vous cela exagéré ?

Cela m’évoque surtout une anecdote que m’a racontée l’archevêque de Mossoul, Mgr Nona. Lorsque la communauté juive d’Irak a été chassée d’Irak au début des années 50, son représentant avait alors confié au prédécesseur de Mgr Nona : « Aujourd’hui, c’est samedi. Demain ce sera dimanche ». Autrement dit : « Attention, aujourd’hui, c’est notre tour, demain ce sera le votre ». De fait, c’est ce qui est en train de se passer.

 

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